Les beaux discours

L’Europe est entrée en dépression. Maigre consolation, Simone Veil est au Panthéon.

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Les symboles, ça compte, mais est-ce que ça suffit? Voyez l’Espagne dont le Premier ministre, Pedro Sanchez, relance des remboursements de santé effacés par son prédécesseur, forme un gouvernement anti-machiste (6 hommes, 11 femmes), accueille les réfugiés de l’Aquarius et s’attaque aux souvenirs du franquisme. La dépouille de Franco va être exhumée de son mausolée qui sera transformé en monument à la mémoire de ses victimes. Un de ses tortionnaires d’élite, pensionné d’État, va enfin être poursuivi alors que s’ouvrent les premiers procès de médecins voleurs d’enfants (l’histoire habituelle: on raconte à des mères, gauchistes ou célibataires, que leur enfant est mort-né et on le donne à des familles “méritantes”). Barcelone ne pourra plus dire que Madrid reste nostalgique du   Generalisimo (4.000 exécutions de Catalans sous sa dictature).

Regardez la France, inhumant ce week-end Simone Veil dans ce Panthéon réservé aux héros nationaux. Les discours ont été magnifiques. Ils ont rappelé son destin de survivante d’Auschwitz, son courage féministe et sa volonté de voir une Europe puissante et bienveillante à la fois. Deux jours plus tôt, l’Union Européenne s’offrait un triste répit autour d’une crise migratoire qui obsède tout le monde. Les chiffres affolants de 2015 ont fondu (de un million à moins de 50.000 jusqu’ici en 2018) et, n’en déplaise à Trump, les chiffres de la criminalité n’ont jamais été aussi bas en Allemagne. Mais la raison n’est plus de ce monde politique.

Au pouvoir ou non, les droites extrêmes (Hongrie, Pologne, Autriche, Italie, France, Roumanie) ont mis dans toutes les têtes l’image d’une Europe submergée. La “solution” de camps de tri en Espagne, Italie et Grèce (le Maroc et la Tunisie ont refusé de jouer la piste hors UE) n’empêche pas la menace sur les élections européennes de mai 2019. Le Hongrois Orbán promet que les migrants seront l’enjeu du vote tandis que l’Italien Salvini lance l’idée d’une Ligue des Ligues qui, partout en Europe, fermerait les frontières. Pas sûr que Simone Veil repose en paix

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