Dans une ville américaine, se stalker entre voisins est devenu super facile

À Newark, aux États-Unis, les habitants ont accès depuis leur ordinateur aux images des caméras de surveillance qui quadrillent la ville. Les autorités évoquent des raisons de sécurité, mais des associations de protection de citoyens dénoncent une violation de la vie privée.

© Unsplash / Matthew Henry

Plus aucune ville moderne ne peut y échapper. Dans la rue, le métro, les parcs publics, les musées et les centres commerciaux, les caméras de surveillance épient nos moindres faits et gestes. Si l’on se rassure en se disant que ces images ne sont finalement accessibles qu’aux personnels de sécurité et à la police, ce n’est désormais plus le cas partout. À Newark, dans l’État du New Jersey, les autorités ont décidé de mettre à disposition des habitants les images issues du réseau de caméras de la métropole.

La Patrouille Virtuelle Citoyenne (The Citizen Virtual Patrol), c’est le nom donné à ce programme, a été saluée par les autorités. Celles-ci y voient une façon de ramener de la transparence dans une ville où la méfiance envers la police est très ancrée. Cette surveillance collective permettrait aussi bien de protéger les citoyens victimes de violences policières que de repérer l’un ou l’autre crime, agression ou cambriolage. « Cela constitue une sorte de partenariat entre les autorités et les résidents », explique Anthony F. Ambrose, responsable de la sécurité publique. « Nous voulons offrir à nos habitants l’opportunité de regarder la ville avec nous », a déclaré le maire de la ville Ras J. Baraka. « Cela permet à la communauté de s’immiscer dans le travail des policiers et de créer de meilleures relations entre la police et les habitants de la ville ».

Capture d'écran des vidéos de surveillance prises à Newark © Newark Public Safety Department

Depuis le début du programme en avril dernier, environ 1600 utilisateurs se sont connectés au site web où sont disponibles les images, et quelques-uns insistent même pour que de nouvelles caméras soient installées dans leur quartier. Certains sont en effet rassurés par ce contrôle dans une ville assombrie par des années de classement parmi les communautés les plus violentes du pays. En 2013, Newark détenait le troisième taux de meurtre le plus élevé aux États-Unis, avec environ 112 homicides sur l’année écoulée. Mais depuis l’an dernier, le nombre de meurtre a atteint un creux historique avec environ 70 homicides répertoriés. Une baisse de la criminalité qui ne correspond donc pas à l’installation de ce nouveau système de contrôle entre voisins…

Aux yeux et à la vue de tous

Mais tous les habitants de la ville ne sont pas aussi heureux avec ce système de surveillance massive. « Ce n’est pas seulement Big Brother », a déclaré Amol Sinha, directeur exécutif de l’American Civil Liberties Union du New Jersey. « C’est un nombre infini de frères et sœurs », faisant référence au personnage de fiction du roman 1984 de George Orwell. Latoya Jackson, une résidente interviewée par le New York Times et dont la fenêtre du salon est dans l’angle des caméras, est consciente de cette violation de la vie privée : « Il y a du bon et du mauvais. En tant que propriétaire d’une entreprise, c’est de la sécurité gratuite. Mais en tant que citoyenne, ce n’est pas bon pour moi ».

Newark © Unsplash / Michael Moloney

De leur côté, les groupes de défense des libertés civiles et les défenseurs de la vie privée affirment que cela pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour les personnes non suspicieuses. Ils craignent que ce système bénéficie aux harceleurs potentiels et aux cambrioleurs, leur offrant un outil assez puissant pour suivre leurs cibles. Un autre danger pointé par ces associations serait que la police s’appuie fortement sur le jugement de civils non formés et dont la perception pourrait être biaisée par de nombreux préjugés. Malgré certaines protestations, une centaine de nouvelles caméras seront installées au cours des prochains mois. La police a également déclaré que les images seront bientôt disponibles via une application pour smartphone. Contrairement à la Chine, les autorités précisent que ces caméras ne bénéficient pas du système de reconnaissance faciale. Pour le moment, aucun des appels reçus par la police de la part de résidents regardant les images de surveillance n’a mené à une arrestation.

Rassurés ou inquiets, les habitants de Newark doivent désormais vivre avec l’intime conviction que, plus que des oreilles, les murs ont désormais des yeux.

Sur le même sujet
Plus d'actualité