Pourquoi nous sommes tous inégaux face à la santé

L’enquête de Solidaris que Moustique a consultée en exclusivité le montre: les inégalités sociales pèsent lourd dans le bilan médical. Pour changer les choses, il faudra imaginer des campagnes de sensibilisation qui toucheront tout le monde. 

Tous inégaux face à la santé - dossier ©Fotolia

Notre système de santé est le plus accessible d’Europe. Et ce constat du think tank Health Consumer Powerhouse est évidemment rassurant: quel que soit votre profil socioéconomique, vous trouverez des soins curatifs d’urgence en Belgique. Mais il ne dit malheureusement pas tout. Comme le montre une nouvelle enquête de la mutualité socialiste Solidaris, aussi généreux soit-il, notre système oublie encore trop de monde dans la salle d’attente. 

Les personnes les plus précarisées, chez qui on dénombre quatre fois plus de chômeurs de longue durée ou en situation de monoparentalité, sont sept fois plus nombreuses à bénéficier du statut de Bénéficiaire d’intervention majorée (BIM). Mais si le fait que les inégalités sociales nuisent gravement à la santé physique et mentale semble découler d’une évidence, ne croyez pas pour autant que les victimes se limitent aux publics les plus défavorisés. Vous en êtes probablement une aussi. “Les personnes au sommet de la pyramide sociale jouissent d’une meilleure santé que celles directement en dessous d’elles qui sont elles-mêmes en meilleure santé que celles juste en dessous”, annonce Leïla Maron, conseillère économique chez Solidaris.

Les gens en sont à devoir reporter des soins, ou la prise de médicaments.

Les inégalités dans ce domaine peuvent prendre plusieurs formes. Elles apparaissent lorsqu’on ne peut être suivi par un médecin généraliste afin de soigner sa maladie chronique pour des raisons financières. Ou quand un patient accepte de payer un max de suppléments d’honoraires pour obtenir un rendez-vous plus rapidement avec un spécialiste, mieux réputé de surcroît, alors que vous devez attendre un mois de plus, malgré la douleur. Et puis, il y a les difficultés d’accès à la promotion de la santé. Les Belges les moins éduqués (qui sont souvent les moins nantis) seraient moins réceptifs aux campagnes de prévention et auraient moins conscience des dangers de certains comportements à risque comme le tabagisme ou l’alimentation déséquilibrée. 

Les progrès en matière de santé publique et des systèmes de protection sociale, qui ont eu pour résultat une augmentation de deux mois d’espérance de vie en 20 ans, n’ont pas amélioré le constat. Les choses seraient au contraire en train d’empirer. “Ce gouvernement fédéral se glorifie de son action: l’emploi augmente, le pouvoir d’achat également. De un, ces arguments sont contestés. De deux, on constate que le risque de pauvreté pour les non-qualifiés et le nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale ont doublé depuis 2003 !, tonne le président Michel Jadot. Les gens en sont à devoir reporter des soins, ou la prise de médicaments. En plus, la limitation du chômage et les flexijobs créent de nouvelles précarités. C’est un problème démocratique fondamental.” Dans le but de sensibiliser les Belges et les pouvoirs publics, Solidaris a décidé d’analyser ces inégalités sociales dans le cadre des assises de la Mutualité 2018. Plongée dans cette enquête aux résultats très parlants.

Pour comprendre pourquoi nous ne sommes pas égaux sur de nombreux sujets (espérance de vie, handicap, maladies chroniques, santé mentale, bien-être…), plongez dans notre dossier de la semaine. A retrouver en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Moustique du 6 juin 2018 - Cover ©Moustique/Cover

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