Elise Mertens : « Roland-Garros ? J’y vais pour le gagner »

À la veille du tournoi parisien, elle était aux portes du Top 15. Ce jeudi 31 mai, elle a rejoint le troisième tour où elle affronte les meilleures sur terre battue. Mais aussi la pression d’une potentielle héritière de Kim Clijsters.

Elise Mertens : "Roland Garros ? J'y vais pour le gagner" ©Belga

Cette fille est un orage. Ça ne se voit pas à son air timide, quand elle débarque dans la salle de presse de la Kim Clijsters Academy, à Bree (Limbourg), mais chez Elise Mertens, la victoire souffle en rafale: une récente victoire au tournoi de Rabat (Maroc) et une impressionnante série de 13 victoires d’affilée sur terre battue tout juste stoppée par la numéro 1 Simona Halep au tournoi de Madrid. Et encore, elle souffrait d’une infection alimentaire.  

La Louvaniste vient de passer une semaine en Belgique, de quoi souffler après ses exploits printaniers. Ça tombe bien, Roland-Garros arrive à grands pas et cette année, après sa demi-finale à l’Australian Open et ses trois succès sur le circuit WTA (Hobart, Lugano et Rabat) en 2018, les sopranos du circuit sont prévenues. “Je sens que mes adversaires me voient différemment, sourit-elle. Mes récentes performances les ont probablement aidées à savoir comment m’affronter en se montrant plus agressives.” Conférence de presse oblige, la jeune tenniswoman de 22 ans déballe quelques banalités aux questions souvent quelconques qui lui sont posées. Elise n’est de toute façon pas fort bavarde en public, où elle aligne les réponses lapidaires. Quoique, en face-à-face…

Mi-mai, vous avez atteint le meilleur classement de votre carrière, avec une 16e place mondiale. Est-ce que c’est quelque chose qui marque ou c’est comme si je vous demandais: “Alors, ça fait quoi d’avoir 20 ans?”?

ELISE MERTENS – Vu mon jeune âge, ce classement est incroyable. Mais ce n’est pas fini, ça commence à peine. Il y a de la fierté, mais je veux rester les pieds sur terre. De toute façon, si mon niveau physique et mental est là, je ferai de bonnes choses. Je préfère donc me concentrer sur ces aspects-là que sur le   ranking, puisque ce dernier sera toujours dépendant de ma forme.

Une évolution telle que la vôtre frappe les esprits des gens qui cherchent du coup à  la comprendre. Y a-t-il eu un déclic dans votre développement ?

La finale gagnée au tournoi de Hobart (Australie), en janvier 2017 (elle était encore 127e joueuse mondiale – NDLR)! À partir de là, les choses ont changé pour moi parce que j’ai intégré le Top 100 mondial, j’ai commencé à disputer de nouveaux tournois en rencontrant des adversaires plus prestigieux, etc. Maintenant, je me sens bien sur le tour, je sais ce que je dois faire, je sens que mon expérience s’enrichit constamment, c’est autre chose et ça me plaît.

Je dois encore travailler mon physique et mon jeu sur le court, atteindre leur niveau ne se fera pas comme ça.

Au début du siècle, les Belges ont vu Justine Henin et Kim Clijsters atteindre le top mondial. Est-ce que vous ressentez une pression populaire pour les égaler ?

Ça arrive avec certaines personnes qui me font ressentir un peu plus de pression, mais je m’en détourne, comme des réseaux sociaux, toujours capables de donner un coup au moral. Maintenant, je suis vraiment différente de Kim et Justine. Ce qu’elles ont fait est incroyable, mais il faut se dire que pour le moment, je suis Top 15 et pas Top 10. Je dois encore travailler mon physique et mon jeu sur le court, atteindre leur niveau ne se fera pas comme ça.

À leur époque, chacune représentait une partie de la Belgique. Est-ce que l’engouement autour de vous vient du pays tout entier ?

Oui, vraiment! De nombreux Belges viennent d’ailleurs me supporter un peu partout dans le monde comme en Australie et au Maroc. C’est un magnifique sentiment. Ici, à Roland-Garros, c’est un peu comme à la maison: les Belges débarquent à Paris et je ressens tout le monde derrière moi.

Comment abordez-vous cette compétition que vous avez quittée au troisième tour l’an dernier ?

Je suis en confiance pour le moment, je ramène toutes les balles et je me sens bien physiquement. Je vais évidemment à Roland-Garros pour gagner et donc pour dépasser le troisième tour. Cette année, je suis tête de série, ce qui change beaucoup de choses (Elise a directement intégré le tableau final – NDLR).

Vous avez reçu il y a quelques mois les compliments de Venus Williams. Comment gère-t-on ce genre de propos qui peuvent complètement bouleverser ?

La première fois que je l’ai affrontée (en 2017 à Roland-Garros, score final: 3-6, 1-6 – NDLR), j’étais totalement inexpérimentée. Mais les louanges ne me changent pas beaucoup: je préfère me focaliser sur le jeu de l’adversaire, ce qui a fait que je connaissais mieux Venus une fois que je l’ai retrouvée, quelques semaines plus tard à Wimbledon (autre défaite, mais moins sévère: 6-7, 4-6).

David Goffin est un exemple de travail pour moi.

Votre maman dit que David Goffin et vous êtes un peu comme frère et sœur…

C’est vrai! On a fait connaissance à la Hopman Cup 2018 (un tournoi qui se déroule par équipes nationales mixtes – NDLR) où on a terminé deuxièmes du groupe derrière l’Allemagne. On partage le même caractère gentil, calme et posé, ce qui nous rapproche. Et puis, lui comme moi mettons toute notre énergie sur le court, ce qui fait qu’on est plus réservés et moins ouverts devant les médias. David est un exemple de travail pour moi.

Vous avez changé de coach il n’y a pas longtemps en mettant fin à votre travail avec Robbe Ceyssens, votre compagnon. Ça n’a pas dû être évident de se séparer professionnellement… 

C’était une décision commune. Robbe et moi avons compris que c’était le meilleur moyen pour moi de progresser. On peut déjà dire que c’est une bonne décision parce que j’avais déjà travaillé avec Rick Vleeschouwers, mon nouvel entraîneur avant Robbe et c’était très bien. Il est un peu plus âgé et plus expérimenté, ce qui peut me permettre de passer un cap.

Vous avez surtout affronté des joueuses classées hors du Top 50. Il va falloir élever votre niveau pour combattre les autres, désormais…

J’ai récemment affronté la numéro 1 mondiale Simona Halep. Impressionnante: elle frappe toutes les balles et elle est partout. Mais je la vois plus comme une adversaire que comme une idole, ce qui est très important quand on doit affronter ce genre de joueuses. J’arrive de toute façon avec plus de   confiance qu’il y a quelques mois car je sais que j’ai fait de bonnes choses sur le court.

Comment fait-on pour apprivoiser une poule ?

(Rire.) C’est vrai que j’ai plein de poules à la maison, dont une, fétiche, qu’on appelle Marcelle. J’aime tous les animaux, donc je pense que ça vient naturellement, je ne peux pas expliquer ma méthode !

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