Un outil prometteur pour réparer le sommeil

Plus d’un tiers de la population mondiale ne se repose pas assez et met sa santé en danger. Les neurosciences s’attaquent à l’épidémie et proposent un premier outil prometteur.

Le bandeau Dreem amplifie et favorise les ondes favorables au sommeil. ©D.R.

« L’agenda d’Hugo étant assez chargé, pourriez-vous d’abord nous envoyer vos questions par écrit pour que nous lui transmettions ?” On ne se doutait pas qu’atteindre Hugo Mercier serait aussi laborieux. Mais au fil de nos appels, mails et recherches, nous commencions à comprendre. En France, Hugo Mercier n’est pas n’importe qui. “S’il existe une solution aux troubles du sommeil, nous sommes les mieux placés pour la trouver”, promet-il. Et pour cause, si les idées du jeune start-upeur français de 25 ans se concrétisent, cela changera la vie de centaines de millions de personnes à travers le monde.

Le besoin de sommeil, au même titre que boire, manger et respirer, place les humains sur un pied d’égalité. “Il y a exactement 0% de la population qui bénéficie d’une particularité génétique les dispensant de sommeil pour être performant. Les autres doivent dormir”, nous explique Hugo Mercier, un sourire en coin. Bien dormir est donc, au-delà d’un réel plaisir, une nécessité. “En soi, c’est simple, si on ne dort pas, on meurt…” Ce qui n’empêche pas les troubles du sommeil de représenter un véritable cauchemar pour près de 35% de la population mondiale. Un taux qui participerait à assimiler la mauvaise qualité du sommeil à une épidémie toujours plus sous-estimée. “Il faut voir le mot épidémie au sens figuré. Ce n’est pas un virus mais il y a malgré tout une propagation des troubles du sommeil. Aujourd’hui, notre société, ultra-compétitive et connectée, ne valorise plus du tout le temps de repos. On prend comme exemple de réussite des présidents, des chefs d’entreprise ou des inventeurs qui se vantent de peu dormir. On n’ose plus dormir, de peur de passer pour un fainéant. C’est faux et absurde. Biologiquement, nous évoluons lentement alors que dans le même temps, notre environnement a été bouleversé de manière très rapide. Cela implique une désynchronisation de notre horloge biologique par rapport au monde. Outre ce que nous souhaitons apporter aux mauvais dormeurs, il est important pour nous de changer les mentalités autour du sommeil.” 

Se reposer sur ses lauriers

Petit génie de la science, Hugo Mercier n’a pas vingt ans lorsqu’il voit son grand-père dépérir, les neurones grignotés par Alzheimer. Décidé à comprendre ce qu’il se passe dans sa tête, et poussé par un oncle neuroscientifique, il finit par développer une passion pour le cerveau. Ses capacités et son envie d’entreprendre le poussent à cofonder Rythm, une boîte alliant science et technologie, et à s’attaquer à la réparation de notre équilibre biologique dont le sommeil constitue le premier champ de bataille. “La société ne nous laissera pas revenir en arrière et jusqu’ici, la meilleure technique pour se forcer à dormir, ce sont les somnifères, avec tous les inconvénients qu’ils comportent. Donc notre objectif est de développer des outils qui pourront réduire l’écart entre nos besoins et nos impératifs.” Ainsi est né, de l’amour récent des neurosciences et des technologies avancées, le bandeau Dreem. Léger et design, il commence son travail de sape par une diffusion de sons à travers la boîte crânienne qui aide à s’endormir. Ensuite, à certains moments critiques de la phase de sommeil profond, le bandeau renvoie un “bruit rose”.

Ces sons amplifient et favorisent les ondes qui traversent le cerveau lorsque nous dormons, augmentant alors la qualité du sommeil. Dreem décide enfin du moment le plus opportun pour réveiller son utilisateur, celui qui lui permettra de se lever avec un maximum d’énergie. “On part des soucis de chacun et on essaie de proposer un produit sur-mesure. Les causes des troubles du sommeil sont multiples et chaque mauvais dormeur réagit différemment. On essaie donc de proposer la boîte à outils la plus large possible.” Mais le job de Dreem n’est pas terminé. S’il aide à un meilleur sommeil, il s’appuie aussi sur une armée de capteurs pour analyser l’activité cérébrale avant de transférer des données chaque jour plus précises à l’équipe d’Hugo Mercier. Une technologie de laboratoire qui investit peu à peu les chambres à coucher françaises et américaines pour près de 500 €.

 Un prix élevé mais qui deviendra dérisoire si Hugo Mercier et sa boîte parviennent à tenir les promesses qui entourent l’année et demie d’utilisation de Dreem, fruit d’une récente convergence entre la complexe science du cerveau et la technologie. Les résultats laissent en tout cas à penser que nous assistons à une révolution. “Il lui restait à être validé par ses utilisateurs, et c’est chose faite. Nous ne sommes qu’au début et il est clair que cet outil ne résoud pas tous les problèmes. Mais nous innovons constamment et les milliers de données dont nous disposons vont nous permettre d’avancer plus rapidement.” Or, il y a de quoi faire. Hugo Mercier n’est pas près de se reposer sur ses lauriers. Ou de se reposer tout court. Le planning de recherche de Rythm est plein pour les quatre prochaines années.

Dormez, éliminez

C’est pendant la phase de sommeil que notre organisme élimine le risque de certaines maladies lourdes.

C’est durant le sommeil profond, précédé du sommeil léger et suivi du sommeil paradoxal, que la majeure partie de notre nuit se joue. “Durant le sommeil profond, un tas de mécanismes physiologiques et biologiques ont lieu. Notre mémoire se consolide, notre organisme élimine certains déchets responsables de maladies lourdes, régule les hormones et régénère les cellules, nos muscles récupèrent… En moyenne, un humain doit dormir entre sept et neuf heures par nuit.” Les scientifiques ont progressivement découvert que la privation de sommeil provoquait de graves problèmes physiologiques. “À court terme, on note un dérèglement du métabolisme et donc une prise de poids, ainsi qu’une baisse des performances physiques et cognitives qui sont, par ailleurs, à l’origine de nombreux accidents routiers voire aériens… À plus long terme, on devine une corrélation avec les troubles mentaux, cardiovasculaires et neurodégénératifs. Le manque de sommeil favorise donc l’anxiété, le diabète ou la maladie d’Alzheimer.”

Sur le même sujet
Plus d'actualité