Ombre et soleil

Ce jeudi, dix jours après sa mort, Maurane a eu droit à l’hommage qu’elle méritait.

Funérailles de Maurane © Belga Image

Malgré une communication confuse autour de la cérémonie ouverte au public et l’inhumation réservée aux proches, il y avait une foule d’anonymes et des célébrités de qualité. Les “collègues” belges (Lou Deprijk, Philip Catherine, Viktor Lazlo, BJ Scott, Le Grand Jojo, Sandra Kim…), les amis de la vie, des débuts ou des Enfoirés (Zazie, Pascal Obispo, Catherine Lara, Muriel Robin, Luc Plamondon, Michel Fugain, Lara Fabian, Maxime Le Forestier, Francis Cabrel…) Le discret Goldman manquait. Dommage, grand fan, il aurait pu redire avec ses mots à lui combien la voix de Maurane résonnait avec une douleur et une vitalité également formidables, comme celle des plus grandes chanteuses noires. Mais Maurane n’a pas toujours eu des chansons à la hauteur de sa sensibilité. Il suffit de l’avoir entendue chanter Nougaro ou Jardin Secret, moment inoubliable de l’hommage des Francofolies à Pierre Rapsat en 2003, peut-être demain Brel (si le disque sort) pour comprendre tout ce qui la sépare des hurleuses dont le vide démonstratif la fatiguait. Il est aussi injuste d’avoir attaqué Françoise Hardy qui tentait d’exprimer que, malheureusement, une carrière tient souvent moins au talent à part qu’à un physique ou un charme exceptionnel.

C’est non seulement une triste vérité, mais c’est aussi une souffrance que Maurane était la première à confesser. Elle n’a cessé de naviguer entre régime un temps réussi, mal-être et moments où sa force surpassait tout. Pour expliquer ses hauts et ses bas, Maurane expliquait souvent qu’elle était née Scorpion (le 12 novembre). Sa vie était, comme on dit dans cette Espagne qui lui ressemblait, “sol y sombra”. Il y a quelques années, elle nous avait dit être bouleversée par la joie des sportifs victorieux, par l’intensité presque enfantine de ces instants parfaits, sans ombre, juste une pleine satisfaction avant de repartir vers d’autres efforts, d’autres ambitions… Cela disait bien ses quêtes de femme et de chanteuse, sans prudence ni calcul. Son irrécupérable mélancolie aussi.

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