La société a changé, l’école doit s’adapter

La société a changé, les jeunes aussi. Le Web est arrivé, l’école doit s’adapter. Grande figure de la psychanalyse des ados, Philippe van Meerbeeck a longuement traité de ces questions.

La société a changé, l'école doit s'adapter ©Fotolia

Qu’est-ce que ça veut dire, être adolescent en 2018 ? 

Philippe van Meerbeeck – L’adolescence est ce moment où l’enfant est en passe de devenir adulte. Avant, il existait des rites, des épreuves données par la société qui permettait à l’adolescent de faire cette transition. Aujourd’hui, le monde contemporain occidental vit dans un vide de référence. Il n’y a plus aucune initiation, aucun mythe unifiant, il n’y a plus les églises (et celles qui sont pleines sont plutôt inquiétantes), il n’y a plus de service civil ou militaire. Alors, on se demande si l’école ne devrait pas tout assurer, si c’est à elle de combler ce vide qui était auparavant assuré par la culture, la tradition, la famille. Il y a une attente trop grande à l’égard de l’école qui n’est pas adaptée, pas organisée pour assurer ces nouvelles missions.

Le XXIe siècle est aussi très marqué par l’avènement du Web, omniprésent dans notre société… 

Les jeunes d’aujourd’hui ont toujours vécu avec le Web qui leur donne accès au savoir et à la connaissance quand ils veulent, où qu’ils soient. Cette nouvelle modalité de transmission permet au jeune d’apprendre sans aller à l’école. Les parents et les éducateurs ne savent plus très bien quoi lui enseigner. Or, l’adolescent a envie de comprendre le monde dans lequel il grandit. Aujourd’hui, des jeunes sont fâchés avec l’école car elle n’est pas le lieu qui tente de répondre aux questions qu’ils se posent. Depuis qu’ils sont petits, ils accèdent à toutes les informations, toutes les images qu’ils veulent, mais que personne ne commente.

Qu’est-ce que l’école peut faire pour s’adapter à cela ? 

L’école devrait assurer un contre-pouvoir. Il faut se dire “on va réfléchir ensemble” et pas “je vais te balancer une vérité incontestable et absolue parce que tu n’as pas les moyens de pouvoir vérifier qu’elle est fausse”. On ne peut plus prétendre transmettre un savoir clos, tout-puissant et définitif pour toute la vie. Il faut garder à l’esprit que la connaissance est éparpillée, mondialisée, accessible tout le temps et partout. Le jeune qui vit au milieu de cette connaissance doit être aidé à la comprendre, à la critiquer, la mettre en perspective. 

Concrètement, cela se traduit comment ? 

L’école doit redécouvrir sa mission fondamentale et quitter celle de l’école professionnelle, où l’on sort avec une compétence pour toute sa vie et doit redevenir un lieu initiant, un lieu de découverte, un lieu créatif dans lequel on veut apprendre. À partir de là, il faut changer les critères d’évaluation mimétiques. Il n’y a pas de corrélation entre les premiers de classe et ceux qui ont des vies archi-intéressantes. Et pour développer cette envie et ce plaisir d’acquérir des compétences nouvelles, on doit réinventer des filières originales. Les langues mortes ou les activités d’expressions artistiques par exemple sont éminemment intéressants car elles ouvrent l’esprit. L’école doit devenir un lieu de découverte où le rêve, le possible et l’utopie sont cultivés. Rêver un monde meilleur et avoir envie d’y prendre part. C’est là le grand changement par rapport à l’école du XXe siècle.

Ainsi soient-ils! À l’école de l’adolescence, de Boeck, 224 p.
Les jeunes dans l’apocalypse, Racine, 352 p.

Cet article est tiré du dossier de la semaine « Une école faite pour ses élèves ? ». Découvrez-le en intégralité en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Moustique du 9 mai 2018 - Cover ©Moustique

L’élève-client

On en revient à cette vidéo de Jérôme Colin s’énervant contre un système scolaire qui normalise ou qui exclut. Il est bien possible de trouver le propos outrancier, mais cette intervention a été vue plus de 2 millions de fois. Impossible devant ce chiffre de ne pas s’interroger. Décidée par l’ancienne génération pour la nouvelle, l’école semble plus que jamais inadaptée à ses élèves. On pourra toujours dire que c’est aux enfants et aux adolescents à s’adapter, qu’ils devront de toute façon le faire dans leur métier. Pas forcément justement… Plus pragmatique, le monde du travail tient compte des différences des générations. Les managers sont ainsi priés de tenir compte de ces nouveaux collaborateurs qui ne rêvent pas de rester leur vie entière chez le même employeur, qui veulent de l’autonomie dans un job stimulant et refusent une autorité qui ne prend pas la peine de se justifier. Sans même évoquer la digitalisation, l’économie des services ou l’intelligence artificielle, on ne travaille plus aujourd’hui comme hier. Pourquoi ne pas aussi en tenir compte dans l’enseignement. D’autant qu’il a l’habitude de se repenser. Cela fait 40 ans que les réformes s’accumulent, sans vraiment effacer les frustrations, des professeurs comme de leurs “clients”.

J-L. C

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