Christiane Taubira a rendu des vies plus heureuses

Double peine: les malheurs de Ken Loach ont empêché de rappeler les mérites de Christiane Taubira. 

Christiane Taubira a rendu des vies plus heureuses ©BelgaImage

L’ancienne Garde des Sceaux vient d’être faite Docteur honoris causa de l’ULB. Cinq ans plus tôt, sous les insultes racistes et les ovations socialistes, elle défendait la loi dite du “mariage pour tous” (comprendre: “ouvert aux couples de personne du même sexe”). On l’a trop peu rappelé. Une anecdote pour se rattraper. Il y a deux ans, à un spectacle, elle était assise un rang devant nous. Dans la travée, deux jeunes femmes hésitaient. L’une a finalement osé se glisser entre les sièges pour venir remercier Taubira. Après quelques mots, elle a laissé l’ex-ministre et retrouvé son amie, son épouse peut-être. Elles sont tombées dans les bras l’une de l’autre, en larmes et lumineuses. Depuis, ce couple est redevenu ordinaire, peut-être même n’existe-t-il plus. Mais à ce moment-là, il était une image d’un bonheur d’autant plus exceptionnel qu’il mesurait sa chance d’exister. Taubira peut se dire ça: avant de démissionner, indignée par le débat au gouvernement sur la déchéance de nationalité, elle a réussi le meilleur de la politique. Elle a rendu des vies plus heureuses. 

Maintenant elle sort un livre, Baroque sarabande, un peu sur ses convictions, beaucoup sur ses livres de prédilection. Toni Morrison y trône. À 87 ans, l’immense auteure ne sort plus de son appartement new-yorkais. Mais il y a encore deux ans, elle donnait six conférences à Harvard pour démonter les justifications du racisme, aujourd’hui recueillies dans L’origine des autres. En 92 pages, elle mêle histoire, actualité et exemples littéraires pour décortiquer l’obsession blanche du “colorisme” (discrimination fondée sur la couleur de la peau) et le désarroi de grandir sans modèle positif, quand livres, films et discours bienveillants vous désignent au mieux comme appartenant à un peuple martyr qui force la pitié. Le prix Nobel 2013 a encore deux projets: terminer un court roman où, pour une fois, on apprendrait l’antiracisme et survivre à la Présidence de Trump, l’homme qui ne rit jamais, une activité humaine pourtant fondamentale. 

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