Le visage de l’antisémitisme

On peut discuter de l’innocence de Ken Loach. On doit surtout dénoncer la haine qui monte.

Mireille Knoll

Cette semaine, le géopolitologue français Pascal Boniface a été frappé et insulté à Tel-Aviv par des individus qui lui reprochaient son antisémitisme. Quinze ans après la sortie de son livre Est-il permis de critiquer Israël ?, la question reste donc ouverte. On ne peut pas sérieusement penser que cet homme nourrit une haine du peuple juif, malgré ses positions pro-palestiniennes. Ken Loach, le cinéaste (Moi, Daniel Blake) que cinq organisations juives ne voulaient pas voir devenir docteur honoris causa de l’ULB (d’autres ont défendu une position inverse), est sans doute victime de la même confusion. Il a en tout cas clairement dit combien les stéréotypes antisémites et le révisionnisme le révulsaient. Mais ce débat est quasiment dérisoire face au regain d’antisémitisme violent en Pologne, en Autriche, en Allemagne, en Europe de l’Est. En France même, l’odieux assassinat de Mireille Knoll, 85 ans, rescapée du Vél’ d’Hiv, a mobilisé jusqu’au président Macron. C’est que chez nos voisins, les actes antisémites contre les personnes ont doublé en 2017, jusqu’à provoquer deux prises de position étonnantes. 

À l’initiative d’intellectuels juifs, le premier texte, publié dans Le Parisien, dénonçait une “épuration ethnique” et les versets du Coran appelant au “meurtre des juifs, des chrétiens, des incroyants”. Trente imams ont répondu dans Le Monde à cette accusation d’“antisémitisme musulman”… en la reconnaissant. Et sans craindre d’être condamnés d’islamophobie. Ils se disent dépassés par une “jeunesse ignorante, perturbée et désœuvrée” et mettent en garde les imams qui prônent une lecture intégriste des textes sacrés sans mesurer “le déphasage par rapport à la société moderne”. Ces imams rappellent même leur soumission heureuse aux lois de la République et de la laïcité. Pascal Bruckner, un des 250 signataires de la tribune du Parisien, a salué ce courage, concluant qu’on est    Français avant d’appartenir à une religion et qu’on ne peut affronter une difficulté qu’en mettant des mots vrais sur la réalité. Bonne idée.

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