Et si comprendre notre cerveau nous aidait à surmonter les crises ?

L'explorateur Christian Clot a lancé le projet Adaptation il y a deux ans. Après avoir réalisé quatre traversées de trente jours chacunes dans les milieux les plus extrêmes de notre planète, il revient d'une mission d'un mois dans le désert d'Atacama au Chili.   

Christian Clot pendant sa traversée en Patagonie. ©Teaser Adaptation Solo/YouTube

En vingt ans, Christian Clot a eu l’occasion de se déplacer sur de nombreux terrains. Il a notamment recherché les sources du Nil en Afrique de l’est, parcouru l’Amérique du Sud et est le premier à être entré dans la partie centrale inexplorée de la Cordillère Darwin, Terre de Feu à l’extrême sud du continent américain. Son obsession : comprendre les capacités d’adaptation de l’être humain au changement. Ses expéditions l’ont aussi conduit dans des environnements frappés par des catastrophes naturelles. Sur place, il a remarqué que les personnes qui en étaient victimes avaient des réactions très proches de celles qu’il avait observées dans les environnements extrêmes.

Le projet Adaptation est né d’un constat. L’explorateur sait qu’il est impossible de réaliser des études sur des personnes subissant des crises violentes. En revanche, il sait aussi que « les expéditions d’exploration constituent un terrain de recherche rare, puisque les conditions sont similaires aux crises et qu’elles sont, là, observables. Plus personne n’est à l’abri d’un changement de vie rapide, profond et totalement imprévisible, en entreprise comme au quotidien. Il faut mieux nous y préparer. » 

Il n’y a pas de bouton pour arrêter l’expérience parce que c’est trop dur.

Pour réunir les conditions de ces situations qu’on ne maîtrise pas, il décide de se rendre dans les quatre milieux les plus extrêmes de la planète. Quatre traversées de trente jours en Iran dans le Dasht-e Lut, le désert le plus chaud et sec du monde (jusqu’à 58°C), en Patagonie, lieu le plus froid et humide (-10°C pour 98% d’humidité), dans la forêt tropicale chaude et humide d’Amazonie (40°C pour 100% d’humidité) et en Sibérie où les températures atteignent les -57°C (le second milieu le plus froid après le centre de l’Antarctique). Christian Clot n’a pas d’assistance, ne peut pas communiquer avec l’extérieur et n’a pas de téléphone satellite. Il explique pourquoi lors de son passage chez Yann Barthès« Il n’y a pas de bouton pour arrêter parce que c’est trop dur. Il faut apprendre ce que ça veut dire de vivre une telle expérience. (…) C’est un stress-test à une situation de crise qui nous dépasse ».   

Chaque jour pendant deux heures, il effectue des mesures scientifiques sur lui-même grâce, entre autres, à des capteurs qui mesurent ses capacités cognitives. Il veut analyser l’altération possible de ses décisions lorsqu’il est dans ces milieux et comprendre ce qui se passe dans son cerveau à ces moments-là. Les résultats obtenus sur place seront couplés à une autre expédition, dans les mêmes lieux, mais cette fois-ci avec 10 hommes et 10 femmes. Et pour préparer cette deuxième aventure, l’explorateur a passé un mois dans le désert d’Atacama au Chili (on peut le suivre sur Instagram). « C’est un domaine en devenir, qui a encore un champ d’étude énorme et qui m’amène à penser qu’aujourd’hui une grande part de notre travail d’explorateur est aussi dans la compréhension de l’humain, de ce qu’on est. Peut-être que la plus belle planète à explorer aujourd’hui, c’est le cerveau »

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