Les secrets de votre corps

Des scientifiques viennent d’identifier le 80e organe du corps humain: l’interstitium. Mais les nouvelles technologies médicales nous révèlent encore d’autres surprises. 

L'interstitium, un réseau de canaux situé entre la peau et les tissus du corps humain ©BelgaImage

Il s’appelle “interstitium” et il a été repéré suite à une endoscopie réalisée sur un patient. Alors oui, la découverte du 80e organe du corps humain, relatée dans la revue spécialisée Scientific Reports, le 27 mars dernier, obligera à la mise à jour de nos manuels d’anatomie. Mais ce réseau de “canaux” transportant des fluides pourrait également favoriser à terme une meilleure anticipation de certains cas de cancer puisqu’il permettrait de comprendre comment certaines cellules voyagent dans notre corps. Et ce n’est pas tout. “À ce jour, les cellules résidant dans l’interstitium et les faisceaux de collagène qui le tapissent changent avec l’âge, ce qui pourrait contribuer au froissement de la peau, au raidissement des membres et à la progression des maladies fibrotiques, sclérotiques et inflammatoires”, détaille le communiqué annonçant la découverte.

L’œil, horloge biologique 

Ces derniers mois, d’autres parties vitales de notre corps ont révélé leurs secrets. On en sait plus notamment sur les raisons pour lesquelles les aveugles arrivaient, malgré leur handicap, à percevoir les changements entre le jour et la nuit. La rétine donne en effet le tempo de l’horloge biologique indirectement au cerveau. Cette découverte pourrait permettre de soigner les personnes souffrant de dépression automnale. Récemment, le magazine Science & Vie a également annoncé que notre squelette détenait la clé de notre mémoire. L’os aurait même un rôle dans la gestion de l’appétit, avant et après les repas, selon le chercheur français Gérard Karsenty qui étudie les hormones liées à la régulation des fonctions vitales.

Le nez dans le cerveau

C’est en Belgique qu’est basé ChemCom, leader mondial de la recherche sur le nez et sur les récepteurs olfactifs. “Voici 30 ans, on ne connaissait rien à la biologie moléculaire du nez. Aujourd’hui, on constate par exemple que la vanille nous enlève une partie de l’envie de manger. C’est le cerveau qui amène cette réflexion. On pourrait à terme prévoir un traitement sur cette base de travail” explique Jean-Marie Delwart, président de ChemCom, société mère de DiaSense Pharma. Notre nez possède des capacités insoupçonnées: “Dans le nez, nous possédons 240 capteurs efficaces qui permettent de percevoir 30.000 odeurs. Il n’y a pas deux personnes qui sentent de la même façon”.
Les recherches actuelles permettent de mieux comprendre comment fonctionnent ces capteurs. “On s’est rendu compte qu’ils pouvaient se trouver ailleurs que dans le nez: dans les reins, les poumons, le cerveau et même au niveau des spermatozoïdes où ils auraient un impact sur la reproduction”, s’enthousiasme Jean-Marie Delwart.

Sucre et fertilité

Des récepteurs du sucre seraient directement liés à la fertilité masculine. Une étude scientifique américaine vient de montrer que lorsque ces récepteurs n’existent pas à l’intérieur des testicules, les spermatozoïdes ne se développent pas de manière optimale. Du côté féminin, des chercheurs ont découvert des traces de cellules de l’endomètre, la muqueuse intérieure de l’utérus, jusque dans le cerveau des femmes. Ce voyage des cellules à travers tout le corps se produit pendant les règles lorsque l’utérus se contracte.

Les organes repoussent 

Au quotidien, notre corps réagit en permanence à nos habitudes de vie. Le foie, si souvent agressé par l’alcool, est connu comme étant le principal organe capable de se régénérer. Il assure un processus appelé régénération cellulaire. Il possède aussi des qualités insoupçonnées. À Genève, des chercheurs se sont rendu compte que le foie augmentait son volume de moitié au fil de la journée: bien réglé, il se dilate pour pouvoir assumer sa charge de travail. Il retrouve une taille normale pour la nuit. Ce cycle est perturbé par de mauvaises habitudes alimentaires et entraîne des troubles du sommeil. Si le foie se régénère, de récentes études ont montré que le cœur ne se contentait pas d’attendre son infarctus à grands coups de graisse et de cholestérol. D’après des tests effectués dans des laboratoires en Autriche, il semble que le cœur d’un être humain soit entièrement renouvelé à l’âge de 50 ans. Les cellules cardiaques se renouvelleraient au rythme de 1 à 2 % par an: beaucoup moins vite que la peau (tous les mois) ou la partie interne des intestins (tous les 4 jours). 

Le sang du poumon

Les poumons s’investissent aussi dans la production de cellules sanguines. En Californie, grâce à des technologies de pointe, les chercheurs ont mis en avant la production de plaquettes sanguines par les poumons. Concrètement, lors d’opérations où les patients sont branchés sur des machines assurant la circulation du sang et de l’oxygène à l’intérieur du corps, on a découvert que moins de plaquettes étaient produites. À terme, cela pourrait donner de nouveaux espoirs pour les malades atteints de maladies infectieuses ou auto-immunes notamment. 

L’appendice aussi

Au sein de ce corps construit depuis des millénaires, rien n’est donc inutile. Si l’appendice est souvent enlevé en cas d’inflammation aiguë, il a aussi sa fonction. Dans les premières années de la vie, il est l’un des centres de notre système immunitaire. Devant toutes ces avancées, Jean-Marie Delwart ne cache pas que “si l’on sait que l’intestin parle avec le poumon et l’estomac avec le cerveau, il faut être modeste. Nous ne sommes qu’au début des recherches. Nous allons encore découvrir de nombreuses relations entre les     différents organes de notre corps”.

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