Amazon.be: quelles conséquences pour les consommateurs ?

Il se murmure dans les couloirs de l’e-commerce qu’Amazon.be serait lancé vers la fin de l’année. Avec quelles conséquences pour les commerçants et les consommateurs?

Amazon.be ©BelgaImage

Les infos ne sont pas très claires. Tout le monde sait qu’il arrive, mais personne ne peut encore dire exactement quand. Alors on se fie aux rumeurs qui prévoient que d’ici la fin 2018, les amateurs d’achats en ligne du pays auront à leur disposition un nouveau site pour faire leurs emplettes. Enfin, nouveau, pas tant que ça. Car si Amazon développe enfin le “.be”, le Belge est loin de découvrir le site de commerce online américain. La preuve par les 158 millions de visites belges sur Amazon.fr en 2017, qui en font le premier webshop consulté du Royaume. Loin, très loin, devant Bol.com, autre géant de l’e-commerce qui, avec 94 millions, peine vraiment à soutenir la comparaison. 

Alors que les Belges ont même accès, dans leur langue, à la version Prime d’Amazon depuis novembre 2017, concrètement, ce nom de domaine noir-jaune-rouge change-t-il quelque chose? Déjà, il atténuera la frustration de ceux qui se voyaient refuser la livraison en Belgique d’un produit déniché sur une plateforme étrangère. Et ce n’est pas rien pour les habitués. 

Ensuite, selon Sofie Geeroms, directrice générale de BeCommerce, l’association belge d’entreprises de vente en ligne, cette arrivée représenterait une opportunité pour les commerçants autant que pour les consommateurs. “La vente par Internet est pleine de possibilités. Le consommateur d’aujourd’hui aime avoir le choix, que ce soit au niveau des produits ou de la manière de se les procurer. Donc pour lui, c’est une bonne nouvelle. Mais également pour de nombreux commerçants belges qui pourront profiter d’une plateforme toute prête pour vendre leurs produits en ligne, ici ou à l’étranger. Il ne faut pas sous-estimer l’investissement que constituerait la mise en place d’un système de vente online dédié pour bon nombre de commerçants. Ils devraient quasiment tout revoir.” D’autant plus que, on l’a dit, la plateforme d’Amazon accumule un trafic monstrueux, incomparable avec d’autres marketplaces virtuelles. “Je suis contente lorsque des initiatives locales voient le jour, mais au niveau du trafic, il y a une énorme différence.” 

La Belgique développe son e-commerce

Sofie Geeroms ne le cache pas, la Belgique a longtemps accusé un léger retard dans le domaine de la vente en ligne. Elle pointe deux raisons. “D’abord, en termes d’espace, la Belgique, ce n’est pas les États-Unis. Chez nous, la population est dense et l’urgence de livraison existe donc nettement moins. Ensuite, la vente online n’était pas ancrée dans les gènes des consommateurs et des entreprises belges et il a fallu un certain temps pour que cela se développe.” Ceci étant, notre pays serait en train de combler son retard. “La Belgique veut développer son e-commerce. Pour ce faire, elle réfléchit à des lieux de stockage stratégiques, tels que le port d’Anvers, l’aéroport de Liège ou le canal de Willebroek. La Belgique sera bientôt prête à accueillir les grosses sociétés de vente en ligne.” 

Tout bénef pour tout le monde donc? Ça se discute. Le secteur de l’e-commerce belge avait déjà pâti de l’entrée sur son marché de grosses boîtes étrangères telles que Bol.com, Coolblue ou Zalando. Mais aujourd’hui, ce sont elles qui sentent le souffle d’Amazon dans leur nuque. Et la guerre des prix est déclarée. Le géant américain s’apprêtant également à s’installer aux Pays-Bas, le site néerlandais Vergelijk.nl s’est amusé à comparer les prix de plusieurs centaines de produits. Et le résultat est sans appel: la moitié sont moins chers sur Amazon. “Tout est tellement bien en place qu’ils peuvent se permettre de réduire les prix. Amazon est devenu à ce point énorme qu’il contrôle le marché en quelque sorte”, estime Sofie Geeroms. Mais, même énorme, Amazon peine à se dépêtrer des accusations de mauvaises conditions de travail de ses salariés. Et dans un contexte où un nombre croissant de clients tend à responsabiliser sa consommation, on peut encore espérer (rêver?) que les gros finissent par se manger entre eux, laissant les petits commerçants surfer sur la vague pour ramasser un peu plus que les miettes.

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