« C’est pas grave, c’est pas non plus un viol. Le prenez pas mal mademoiselle »

Les nombreuses dénonciatrices d’agressions sexuelles suite aux #Metoo et #BalanceTonPorc se sont vues répondre que le web n’était pas un tribunal et qu’elles devaient porter plainte. Mais comme le révèle une enquête du Groupe F et de Paye ta Police, ce n’est pas aussi simple que ça.

© Unsplash / Volkan Olmez

« Victime d’une agression sexuelle. La policière me demande comment j’étais habillée. Je demande pourquoi. Réponse : “Parce que vous n’êtes pas aguichante, alors je ne comprends pas qu’il ait fait ça sur vous “ ». Non, cette histoire n’est pas une sombre blague douteuse. Elle fait partie des centaines de témoignages reçus par Le Groupe F (mouvement féministe français lancé par Caroline de Haas) et Paye ta Police (un tumblr qui relaie des « témoignages de sexisme, culture du viol et culpabilisation des victimes de la part ou au sein de la police »). Dix jours après avoir lancé un appel à témoignages sur la manière dont les forces de l’ordre ont accueilli les plaintes des victimes d’agressions sexuelles (et les victimes elles-mêmes), les deux groupes reçoivent plus de 500 témoignages. 

Et le résultat de cette enquête (baptisée #PayeTaPlainte) est déplorable. Refus de prendre la plainte, remise en question de l’importance des faits, culpabilisation de la victime, voire solidarité avec l’agresseur, moqueries, sexisme et propos discriminants sont le lot de celles qui osent franchir la porte du commissariat pour que justice soit faite (ou pas…). Plusieurs victimes se voient alors poser des questions aberrantes comme : « pourquoi étiez-vous seule à 3h du matin dans ce quartier ? ; comment étiez-vous habillée ? ; avez-vous fait quelque chose qui laissait penser à l’auteur des faits que vous pouviez être intéressée ? ; êtes-vous sûre que ce n’est pas un malentendu ? », etc. Selon le Groupe F, « cette culpabilisation se retrouve dans plusieurs témoignages de violences sur mineures. Le comportement de la victime, âgée de 13, 14 ou 15 ans semble systématiquement interrogé, critiqué, jugé »

Résultats enquête #PayeTaPlainte © Le Groupe F

Pas pris au sérieux

Autre point important relevé par l’enquête : la minimisation des violences conjugales, souvent qualifiées d’« histoires de couples », de « dispute », ou encore de « problèmes conjugaux ». Selon le Groupe F, « les pouvoirs publics appliquent la politique de l’autruche et refusent de regarder la réalité en face ». Il estime que l’accueil des victimes par les forces de l’ordre changera lorsque la justice prendra au sérieux ce type de plaintes. « Quand un policier ou une gendarme sait que dans l’immense majorité des cas, la plainte pour violences sexuelles qu’il ou elle prend sera classée sans suite, ça démotive ». 

En Belgique aussi, la situation est loin d’être idéale. « Les victimes de violences sexuelles doivent normalement être accueillies par la police qui doit pouvoir les entendre, prendre note de leur plainte et en faire part au parquet si nécessaire. On constate que ça ne se fait pas », déplore Céline Caudron, coordinatrice de Vie Féminine. Les plaignant(e)s belges font aussi face à de nombreux obstacles mentionnés par l’enquête du Groupe F comme la minimisation des faits. « Parfois on leur dit carrément que ça ne sert à rien de porter plainte, car il n’y aura pas de suites » explique Céline Caudron. « La police fait un premier barrage, alors que ce n’est normalement pas son rôle de décider si la plainte est recevable ou pas. Elle doit juste en prendre note ». L’environnement dans lequel sont accueillis les victimes est aussi problématique : « Debout à l’accueil, on leur demande d’expliquer dans la salle d’attente devant tout le monde pourquoi elles sont là ». Et même si la coordinatrice de Vie Féminine reconnaît que certains policiers font très bien leur travail, elle note toutefois un manque de bonne volonté de la part de quelques-uns. « C’est vraiment au cas par cas. Si on a du bol et qu’on tombe sur quelqu’un de chouette, on va être traité(e) correctement. Malheureusement, dans la majorité des cas, c’est l’inverse ».

4% de condamnations

Concrètement, la Belgique compte 3000 plaintes pour viol par an. Celles-ci ne représentent que 10% des viols réels, la majorité des victimes ne portant habituellement pas plainte. « Sur ce peu de plaintes déposées, 50% sont classées sans suite. Sur le reste, il y a seulement 4% de condamnations. C’est ridicule » regrette Céline Caudron. 

Le manque de formation des policiers à ces situations sensibles serait l’une des causes du problème. S’il existe des formations continues sur le sujet, elles restent non obligatoires, et se font donc à la demande des zones de polices qui le souhaitent. Or quand celles-ci sont données, Vie Féminine note un véritable effet positif. La minimisation des violences conjugales est aussi très présente chez nous. « Quand des femmes viennent se plaindre d’avoir été violées par leur mari/compagnon, la police n’est pas toujours au courant que le viol conjugal est un crime puni par la loi. Alors que si » témoigne Céline Caudron. 

La police n’est pas toujours au courant que le viol conjugal est un crime puni par la loi. Alors que si.

Pour le Groupe F, il y a donc clairement un problème sur la manière dont les victimes sont accueillies dans les commissariats et gendarmeries. Le collectif annonce déjà qu’il ne compte pas « attendre les bras croisés que les choses bougent » et qu’il a décidé d’« agir » en se rendant dans chaque commissariat et gendarmerie pour y proposer des outils permettant de changer les pratiques. Il rappelle aussi très justement qu’« une femme n’est jamais responsable des violences qu’elle subit. Jamais ».

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