Vous avez 25 ans ? La crise vous guette…

Vous connaissiez le blues de la quarantaine ? On vous présente la crise du "quart de vie". À cause de l'instabilité de l'emploi et des réseaux sociaux, certains jeunes ont du mal à devenir adultes…

ayo-ogunseinde-202302-unsplash

Deux jeunes entre 25 et 30 ans sur trois traversent une période compliquée, selon une étude de l’Université de Greenwich. Pour cause: c’est à ce moment-là, après les études, qu’on est censés devenir financièrement autonome, fonder une famille, acheter une maison… Dans la réalité d’aujourd’hui, ça se passe cependant rarement comme ça. Une situation qui donne le cafard à toute une génération… Décryptage avec Jean-François Guillaume, sociologue de la jeunesse à l’ULG.

Qu’est-ce que la crise des 25 ans ?

Jean-François Guillaume – Les adulescents, qui sont les jeunes de cet âge, doivent faire face à des réalités complexes. Les repères sociétaux sont détricotés. Il n’y a plus de trajectoire « normale ». Avant, la vie était balisée par deux institutions : le contrat de travail à durée indéterminée et le mariage. Aujourd’hui, le CDI n’est plus synonyme de sécurité, et on n’accorde plus autant d’importance au mariage. Il n’y a plus d’éléments déclencheurs qui attestent le fait que, ça y est, on est adulte. Cela peut créer un certain nombre de désillusions.

Il y a un fossé entre les attentes et ce que la société peut offrir?

J-F.G. – Pour la première fois de l’histoire, on vit dans une société où coexistent des générations qui ont construit leur vie dans des contextes très différents. Les grands-parents sont nés pendant la première guerre, d’autres pendant la seconde. Les parents sont nés pendant les trente glorieuses… Ce sont eux qui nous ont éduqué. Il y a donc un décalage entre la façon dont on entre réellement dans la vie adulte et ce qu’on nous a inculqué comme étant le passage à l’âge adulte. Pour être adulte, il faut être autonome, notamment financièrement. Or les jeunes le sont de plus en plus tard. Les attentes des « adulescents » ont évolué en conséquence. On connaît désormais des biographies très individuelles.

Nos vies s’individualisent, mais on cherche à les valider par les autres sur les réseaux sociaux.

J-F.G. – Cela peut créer un climat anxiogène. En plus de trouver sa place dans la société, il faut désormais la trouver dans le monde 2.0. On doit y faire ses preuves, prendre les bonnes décisions, décider ce qu’on montre ou non… Ça crée une pression et des responsabilités supplémentaires.

Ça provoque aussi des complexes. On se compare tout le temps aux autres…

J-F.G. – On doit pouvoir s’exprimer et s’affirmer en tant qu’individualité, mais avec l’appui des autres. Ce n’est en fait pas si nouveau. L’école est basée là-dessus, elle classe les élèves. La différence est qu’à l’école, ces classements sont d’une part effectués par des personnes identifiables et d’autre part institutionnalisées par les professeurs. Sur les réseaux sociaux, ceux qui likent sont anonymes, mais en plus il n’y a pas d’instance extérieure qui valide les classements. On est dans l’ère du jugement à l’emporte-pièce.

Comment surmonter cette crise?

J-F.G. – La question ne serait-elle pas plutôt de savoir s’il s’agit vraiment d’une crise? Les difficultés individuelles rencontrées sont bien réelles. Mais la solution est peut-être collective. Au fond, ne vivrait-on pas simplement un moment de transition dans l’organisation des modes de vie? Mais à cause de l’incompréhension intergénérationnelle, il peut être difficile pour un jeune adulte d’accepter ce qu’il traverse.

On doit donc s’adapter au changement?

J-F.G. – Concernant les situations individuelles, la famille reste une base nécessaire pour aider les jeunes à se construire en tant qu’adulte et à traverser la crise. De façon globale, la jeunesse est souvent le baromètre de la société. Cette « crise des 25 ans » va peut-être s’étendre à l’ensemble des groupes d’individus. Ça a déjà commencé. Les fins de la vie professionnelle sont plus floues désormais. Certains ne veulent pas partir à la retraite, d’autres voudraient partir plus tôt… C’est aussi une nouvelle « crise générationnelle ».

Sur le même sujet
Plus d'actualité