L’ornithorynque sauvera le monde

Considéré comme une vaste blague par la communauté scientifique lors de sa découverte en 1798, l’ornithorynque est maintenant pris au sérieux. Il pourrait en effet combattre la résistance aux antibiotiques.

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Avec son bec de canard, ses poils et sa queue de castor, l’ornithorynque n’est franchement pas l’animal le plus impressionnant du monde. Son apparence étrange lui vaut d’ailleurs d’être pris pour une farce lorsqu’à la fin du 18e siècle, il est découvert par des Européens en Australie. Son enveloppe corporelle et quelques dessins sont aussitôt envoyés à Londres où les scientifiques britanniques pensent être victimes d’un canular. L’un d’entre eux ira même jusqu’à chercher un éventuel fil de couture entre la peau et le bec, tant l’assemblage des deux semblait improbable.

Mais l’habit ne fait pas le moine. À force de s’attarder sur son apparence, il semble que les scientifiques aient manqué une information capitale sur cet animal : les propriétés incroyables de son lait. Car oui, même si l’ornithorynque pond des œufs, il produit également du lait pour ses petits. Si les chercheurs savaient déjà que ce lait offrait une protection antimicrobienne exemplaire aux jeunes de l’espèce, une nouvelle étude australienne révèle qu’il est aussi efficace contre les bactéries. « Les ornithorynques sont des animaux tellement bizarres qu’il ne serait pas surprenant qu’ils aient également une biochimie étrange », a déclaré la biologiste moléculaire Janet Newman. « En regardant de plus près leur lait, nous avons découvert une nouvelle protéine ayant des propriétés antibactériennes uniques, avec le potentiel de sauver des vies ». Ces propriétés seraient liées à la manière dont les petits ornithorynques se nourrissent. La femelle n’ayant pas de mamelles, elle expulse le lait directement sur son ventre que les bébés lèchent afin d’y prélever le lait. Selon l’équipe de chercheurs, ces propriétés antimicrobiennes seraient un moyen de défense contre les bactéries attirées par ce lait exposé.

Sa structure moléculaire modélisée, les scientifiques espèrent maintenant pouvoir reproduire la fameuse protéine à des fins médicamenteuses, notamment dans les antibiotiques. Ceci permettrait de combattre l’augmentation alarmante de la résistance aux antibiotiques. En Europe, le Centre européen de contrôle des maladies évalue à 25 000 le nombre de décès par an résultants de la résistance aux antibiotiques.

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