Cancer du sein : une médecine à deux vitesses

Dans le cadre du mois rose, Moustique re-publie plusieurs articles paru dans sa version papier sur le sujet. Éclairage sur l'arrêté de mars 2018 de Maggie De Block et sur les limites du dépistage.

Cancer du sein : une médecine à deux vitesses

Cet article a initialement été publié sur notre site le 13 mars 2018.

Sénologues, médecins, association de patients, responsables politiques, pétition, la mobilisation est totale contre le récent arrêté royal publié au Moniteur par la ministre fédérale de la santé.  Concrètement, les spécialistes s’inquiètent notamment de voir la ministre mettre en place un dépistage à deux vitesses suivant que les patients aient les moyens financiers ou pas d’effectuer les examens indispensables en dehors de la période remboursée.

Que contient cet arrêté ?

Ce texte prévoyait notamment qu’à partir du 1er avril 2018, le remboursement des examens de dépistage (mammographies) devait être modifié pour les patientes de moins de 45 ans ou de plus de 74 ans qui n’étaient pas à très haut risque. Un aspect qui fâche les sénologues puisque la ministre oublie toutes les patientes à risques intermédiaires ou celles, qui pour être rassurées, souhaitent faire un premier bilan.
 
Comme le rappelle, la Fondation contre le Cancer, environ 80 % de tous les cancers du sein chez les femmes se déclarent après l’âge de 50 ans, un quart des cancers se manifestent avant 50 ans et 10% avant 45 ans. Pour ses détracteurs, la ministre souhaitait faire des économies (plus de 8 millions d’euros) en réduisant le nombre d’examen (le bilan sénologique). A ce jour, à Bruxelles et en Wallonie, les femmes entre 50 et 69 ans peuvent toujours bénéficier tous les deux ans de cette mammographie de dépistage gratuite entre le 1er janvier de l’année de leurs 50 ans et le 31 décembre de l’année de leurs 69 ans.

Deux autres mesures discutables

Le texte retiré prévoyait d’autres changements comme la diminution du remboursement ou le fait qu’à partir d’avril 2020, le dépistage serait limité à la seule mammographie. Un non-sens selon de nombreux spécialistes lorsqu’on sait que le dépistage de masse est évidemment très utile mais il ne remplace pas la rencontre entre le médecin et son patient et le bilan individuel qui permet d’évoquer l’historique familial et les habitudes de vie notamment.

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A ce niveau, la ministre a peut-être sa vision légèrement brouillée par l’axe communautaire du dossier puisque les Flamandes (58 %) sont plus assidues à ce mammotest que les francophones (10 %) qui penchent pour une mammographie individuelle comme le soulignait la Libre. Pour rappel, selon les chiffres de la Fondation contre le cancer, 10.466 nouveaux cas de cancer du sein ont été enregistrés en 2014. Environ une femme sur 9 sera atteinte d’un cancer du sein avant l’âge de 75 ans.  

Limites du dépistage et surconsommation

Dans ce débat, il existe toutefois des voix en faveur du texte. Même si elles éprouvent des difficultés à se faire entendre pour l’instant. Après un travail de plusieurs années, les experts réunis par la ministre VLD essaient en effet de mettre en place des bonnes pratiques afin de réduire la surconsommation des examens de dépistage de cancer du sein. Même si tous les spécialistes ne sont pas d’accord, cette surconsommation semble bien exister sur le terrain selon le cabinet de la ministre de la santé. Maggy De Block entend également mieux réglementer la façon de réaliser les examens pour garantir leur pleine efficacité.

Ces mêmes voix se font aussi entendre pour évoquer les limites du dépistage avec certains inconvénients inhérents : le diagnostic et le traitement de cancers peu évolutifs. A cela s’ajoute, l’exposition répétée aux rayons X. Une autre réalité. Toutefois, le nombre de décès évités avec le dépistage est largement supérieur au risque de décès par cancer radio-induit selon l’institut national du cancer

Si tous ces éléments sont aujourd’hui si peu audibles, c’est avant tout en raison d’un très mauvais travail de préparation au niveau de la communication sur ce dossier. Il reste à espérer que toutes les femmes concernées ne vont pas, sans raison, craindre de se rendre chez leur médecin ou leur sénologue dans les prochaines semaines à la suite de cette cacophonie ministérielle. 

En attendant, la mise en place d’une médecine à deux vitesses, à ce niveau, serait catastrophique en terme de santé publique et de coût à long terme pour notre sécurité sociale.

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