Ces fratries sans défense face au divorce

Les fratries sont un lieu de ressource, d’apprentissage et de sécurité inestimable mais délaissées en Belgique. Rien ne protège les liens entre frères et sœurs en cas de séparation ou de placement de l’enfant. Un combat est en route et un projet de loi est sur la table. Focus.

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Des parents, pour trancher la question, ne trouvent rien de mieux que de conserver chacun la garde complète d’un enfant. Ils font cela à l’amiable, ni vu ni connu. Et l’enfant déchiré entre son frère et son parent accepte pour faire plaisir au parent qui l’a choisi. Le règlement de la garde des enfants en cas de séparation a fait d’énormes avancées ces dernières années en Belgique. Sauf sur un aspect, celui des fratries. En France, par exemple, il existe un article dans le code civil pour maintenir à tout prix les fratries ensemble, sauf rares exceptions. Nous vous en parlons dans le Moustique de cette semaine. Prolongeons le débat avec cet aspect méconnu, délaissé, devenu un combat politique.

La fratrie jugée accessoire

Lors d’une séparation, les parents le deviennent à temps partiel et les fratries doivent rester à temps plein. L’unité stable devient les frères et les sœurs”, explique Stéphanie Haxhe, psychologue et maître de conférences à l’ULg, qui a fait de la question de la fratrie un combat depuis vingt ans. Pour elle, tout se passe aujourd’hui comme si la fratrie était une relation accessoire face à celle, indispensable, entre le parent et son enfant. Or les liens de fratries ont un impact très fort sur le développement de l’enfant. “Quand l’enfant vit des stress, le fait d’avoir une relation positive avec ses frères et sœurs fait tampon et joue un rôle modérateur. La fratrie joue un rôle protecteur tout au long de la vie et c’est aussi un lieu d’attachement. Lors d’une séparation, la fratrie est la première ressource de l’enfant”, rapporte la psychologue.

La fratrie, laboratoire de vie

En situation de peur, un cadet va pouvoir se tourner vers son aîné pour trouver une sécurité affective. Les rapports de domination et les agressions entre frères et sœurs sont un écolage de la vie en société. La manière dont cela se passe a un impact sur les relations futures. L’adulte ira vers des pairs où il aura tendance à rejouer les mêmes relations.
La fratrie est ainsi le lieu de socialisation par excellence, la niche première, le laboratoire de la vie. C’est là qu’il apprend la lutte, le partage, l’entraide, la compétition. “Ce sont des relations privilégiées entre pairs d’une même génération qu’aucun parent ne peut remplacer”, plaide encore la psychologue. Le choix d’un partenaire est en partie dépendant de la relation qu’on a pu avoir dans sa fratrie. Le cadet trouverait ainsi plus complémentaire de se mettre en couple avec un aîné.
L’enfant unique, pour compenser, va souvent se choisir un frère ou une sœur de cœur, un cousin, une cousine, un ami, une amie pour remplacer le frère ou la sœur qu’il n’a pas. Parfois il se crée aussi un ami imaginaire. Mais ce n’est jamais évident pour l’enfant unique de se retrouver seul de sa génération face à ses parents.

La fratrie déchirée

Quand les enfants sont séparés de leurs parents par leur juge, ils sont encore souvent séparés et mis là où il y a de la place. Le fait de conserver la fratrie n’est pas un critère prioritaire. C’est même parfois dans le but de faciliter l’insertion d’un enfant dans une famille qui a déjà d’autres enfants qu’on le coupe de ses frères et sœurs. Rien n’est pensé non plus pour les familles recomposées qui se séparent. On peut avoir vécu dix ans au sein d’une fratrie, avoir noué des liens forts, et ne plus jamais pouvoir voir les enfants de l’ex-conjoint de son parent. Les fratries du divorce sont sans défense.

Pour un droit des fratries

Stéphanie Haxhe a créé un groupe autour de cette question avec le délégué aux droits de l’enfant, Bernard Devos, pour obtenir un droit des sœurs et frères à ne pas être séparés. Elle travaille aussi pour l’ONG “Visage, SOS enfants” à Marche-en Famenne dont le projet pédagogique est d’accueillir les fratries.
Un projet de loi est en rédaction pour que les fratries soient désormais protégées. Il est soutenu par les députées Catherine Fonck (cdH) et Laurette Onkelinx (PS). “Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Les familles évoluent beaucoup mais on reste encore très vieille France, dans un vieux schéma”, conclut l’experte.

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