La cyberthérapie pour guérir ses phobies

Stress post-traumatique, phobie de l’avion, obsession cumpulsive, dépendance aux jeux: et si la cyberthérapie pouvait vous sauver? On a testé cette nouvelle forme de soin avec son concepteur canadien Stéphane Bouchard.

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Vous entrez dans un salon. Une fête est en cours. Sur le canapé, ça discute et ça sirote un verre. Soudain, un individu louche s’approche de vous. Votre cœur se met à battre. Comment lui échapper? Affublé de lunettes virtuelles, vous êtes en train de vivre -revivre– l’expérience d’une agression sexuelle. Cela se nomme de la cyberthérapie.

Stéphane Bouchard, professeur en cyberpsychologie clinique de l’université du Québec en Outaouais (UOQ), en est le concepteur. Lors d’une mission du ministre Marcourt au Canada, on a pu tester la technologie. C’est assez impressionnant. La différence avec le cinéma 3D, c’est qu’ici vous êtes acteur de cette réalité virtuelle et que votre thérapeute contrôle toutes vos réactions.

Comment ça marche?

Si on est capable de bluffer suffisamment le cerveau, on a une réaction et une expérience thérapeutique, explique Stéphane Bouchard. Dans un cabinet, le patient est calme et contrôle la situation. Il peut se mentir à lui-même et berner le thérapeute. Ici, tous ses sens sont en alerte et il ne peut se dérober”. La partie associée aux émotions, le système lymbique, réagit quelques millisecondes avant la partie logique. Le cerveau lymbique est notre part animale, celle qui nous fait agir par instinct. La perception d’une menace, même dans une image, active nos émotions avant que nous ne puissions rationaliser notre peur.

La réalité virtuelle permet d’affronter directement nos peurs et d’apprendre à y faire face, en étant directement guidé par son thérapeute, sans prendre de risques. Pour désensibiliser les gens qui ont une phobie, on les met progressivement en contact avec ce qui leur fait peur. Les personnes qui souffrent de stress post-traumatique apprivoisent ainsi leur souvenir et les “digèrent” émotionnellement.

Sur qui ça marche?

Les premières réussites en cyberpsychologie portaient sur des phobies spécifiques : la peur des araignées ou la phobie des avions. La simulation d’un vol en laboratoire a fait ses preuves. Environ 90% des personnes traitées ont effectivement pu prendre l’avion dans l’année qui a suivi leur cyberthérapie. Les technologies se sont depuis démocratisées. Un tas de maladies mentales peuvent désormais être soignées, de la dépendance au jeu jusqu’aux troubles alimentaires, en passant par l’expérience d’une perte importante de poids. Les Forces armées canadiennes ont préparé leurs soldats à gérer leur stress sur le terrain. Avec un tel entraînement, ils sont en mesure de s’occuper plus rapidement des blessés ou de sauver des vies.

Vous voulez en savoir plus?

L’ULiège vient de formaliser une collaboration déjà bien avancée avec l’UOQ. Anne-Marie Étienne (psychologue de la santé à l’ULiège) implémente cette technologie chez nous et initie ses étudiants à ces thérapies du futur. L’ULiège propose déjà un MOOC (cours en ligne) sur l’utilisation de la réalité virtuelle par les professionnels de la santé. Stéphane Bouchard, lui, sera à Liège du 23 au 27 avril prochain. Il donnera une conférence grand public le 26 avril, “reconnaître et vaincre l’anxiété. Comment l’ULiège révolutionne désormais la santé mentale.”

 

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