Emploi: les aéroports wallons sont (presque) au septième ciel

À l’heure où la compagnie Brussels Airlines est dans la tourmente, les aéroports wallons, eux, sont (presque) au septième ciel. Analyse des futurs chantiers. 

Aéroports wallons: l'emploi s'envole ©BelgaImage

Jobs, jobs, jobs. Cet adage bien connu est d’actualité depuis de nombreuses années dans les aéroports wallons bien avant que Charles Michel ne l’ait martelé. Avec 33,31 millions de voyageurs, la bonne santé des aéroports belges (Brussels Airport, Liège Airport, Brussels South Charleroi Airport/BSCA, Anvers, Ostende-Bruges) ne se dément pas. Parmi eux, les deux aéroports wallons connaissent une croissance constante. 

À Charleroi, 7,7 millions de passagers sont montés dans un avion cette année. Jean-Jacques Cloquet, le CEO de Brussels South Charleroi Airport, entend atteindre les 8 millions. Mais qui sont ces passagers qui font l’essor de la première ville      wallonne? Beaucoup de gens du nord de la France qui viennent à Charleroi et aussi des Flamands, plus particulièrement du Limbourg. “Une croissance des vols business aussi qui représentent aujourd’hui plus de 20 % des passagers. Enfin, une forte progression des “vols famille” pour certaines communautés (turque, italienne, espagnole, marocaine…), cela représente 40 % des passagers.” 

À cela s’ajoutent les Belges qui possèdent une seconde résidence dans le sud. Les pays les plus populaires restent l’Italie, l’Espagne, la France, le Maroc et la Pologne. D’autres pays et villes vont s’arrimer au succès carolo. Parmi les nouvelles destinations de 2018, on trouvera Calvi qui sera desservi par Air Corsica. Un autre acteur fait l’actualité: Air Belgium. Cette compagnie a choisi l’aéroport de Charleroi pour sa mobilité plus fluide et son potentiel de développement. Ils ont donc signé une convention qui court sur dix ans. 
À quelques kilomètres de là, à Liège Airport, les bonnes nouvelles se bousculent aussi: “Nous allons avoir trois destinations en plus pour l’été 2018 et quatre vols par semaine pour huit destinations en Chine. Ce dernier marché reste fragile, on le sait. Les Chinois travaillent avec des compagnies russes et la stabilité doit se construire. On reste toutefois positif”, détaille Luc Partoune, CEO. Par ailleurs, l’aérogare a aussi signé un accord de coopération avec les Aéroports de Thaïlande. 

Plus de 10.000 emplois

Tous ces passagers supplémentaires amènent inévitablement des jobs à Liège comme à Charleroi, tant dans les compagnies que dans les aéroports. En termes d’emploi, les compagnies aériennes  belges annoncent qu’elles vont recruter 1.250 personnes en 2018. Outre Brussels Airlines, actuellement dans la tourmente, TUI Fly (ex-Jetairfly) ajoutera cinq avions à sa flotte et entend engager 250 personnes dont 160 hôtesses. À Charleroi, l’arrivée d’Air Belgium va amener près de 500.000 voyageurs par an. 600 emplois sont annoncés: 300 postes de travail pour Air Belgium et 300 à l’aéroport. “De nouveaux emplois vont aussi être créés avec la nouvelle zone commerciale. Nous n’avons pas de difficultés à recruter. Nous avons ainsi engagé plusieurs personnes qui venaient de Caterpillar”, rappelle Jean-Jacques Cloquet.

Pour consolider l’emploi, les dirigeants ont aussi avancé sur le dossier de l’annualisation des CDI. Dans un aéroport, entre la haute saison et la basse saison, les horaires peuvent désormais varier de 22 h à 37 h par semaine. “Cette flexibilité devient un atout.” 
Liège Airport ne sera pas en reste en matière d’emploi. “On va encore créer de nouveaux jobs avec nos projets de bureaux, l’arrivée de nouvelles compagnies…” En fin d’année 2017, les agences intérimaires avaient procédé à des recrutements temporaires d’ouvriers. Chez FedEx/TNT, durant toute l’année 2017, entre 200 et 275 intérimaires ont été employés chaque semaine. À présent, 115 intérimaires vont y signer un CDI.
En outre, la première plateforme aéroportuaire cargo du royaume va construire trois nouveaux entrepôts et créer au moins 300 emplois. “Une croissance indispensable pour répondre aux demandes des opérateurs comme Ethiopian et Qatar Airlines ou encore Air Bridge Cargo (ABC). Les activités de Liège Airport procurent de l’emploi à environ 3.500 personnes en direct sur le site”, ajoute Luc Partoune.

Grands travaux de 2018

Face à cette croissance à tous les niveaux, aucune concession n’est faite en matière de sécurité. De  nouveaux aménagements de 45 millions vont être réalisés à Liège et Charleroi. En matière d’investissement, les deux entités sont à la croisée des chemins, reconnaît Jean-Jacques Cloquet, CEO de BSCA. “Le projet 2020-25-35 va transformer l’aéroport en profondeur: arrivée des longs-courriers, développement avec une partie de transit (pas dans les mêmes dimensions que Bruxelles)…” Un choix dicté en partie par Ryanair qui a annoncé clairement son intention d’utiliser Charleroi comme un hub international. D’autres projets sont prévus: construction de plus de 1.000 m2 d’horeca et de surfaces commer-ciales et d’un hall de maintenance des avions… Le grand chapiteau installé devant l’entrée de l’aérogare va aussi être transformé en bâtiment durable. Enfin, pour l’été 2021, BSCA devrait avoir sa piste de 3.200 mètres.
À Liège, si le système d’aide à l’atterrissage ILS (Instrument Landing System) sur la piste principale (22L) est désormais opérationnel, de grands projets sont aussi prévus: “50 millions d’euros seront investis. Cela concerne la zone nord de l’aéroport, la manutention et les parkings d’avions qui seront opérationnels en 2019”, assure Luc Partoune. Avant d’annoncer “un concours d’architecture pour la construction de bureaux devant le terminal passagers”. Histoire de développer des bureaux haut de gamme devant le terminal sans cacher la façade. “Il s’agit d’un partenariat avec des investisseurs privés. 6.000 m2 dans un premier temps, mais le master plan prévoit deux autres bâtiments de ce type au moins. Cela se fera en plusieurs étapes d’ici 15 à 20 ans.” 
Les responsables de l’aéroport n’ont pas décidé de se réorienter dans la seule construction de bureaux: “Le fret reste la priorité. On a fait 7 à 9 % de croissance en 2017 et atteint les 700.000 tonnes. Pour 2018, on a budgétisé 820.000 tonnes. On est ambitieux”. Tout cela alors que FedEx a investi 70 millions en 2017 et déjà prévu d’injecter 30 millions en 2018. 

Point noir: connexion aux gares

Derrière ces annonces idylliques, il reste de vrais freins au développement. “La desserte TEC n’est pas suffisante. On reste encore un aspirateur à voitures”, reconnaît le patron de Liège Airport. Une navette privée Liège Airport-Guillemins a été mise en place et une réflexion est en cours avec la cellule mobilité de l’Union wallonne des entreprises. À court terme, il n’y a aucun espoir de voir une gare à Liège Airport: “Il y a un sens à connecter l’aéroport avec la gare de Liège Logistics qui se situe à 1 km. C’est la solution la plus raisonnable à court terme”.

À Charleroi, le problème est le même et la solution très semblable: “L’aéroport sera mieux connecté grâce au projet de la gare de Fleurus. Évidemment j’aurais préféré que la gare soit dans l’aéroport”, regrette son patron. Concrètement, à partir de 2021, la gare de Fleurus multipliera par dix son nombre de voyageurs quotidiens. Un chantier de 9,4 millions d’euros…. Le tout sera relié par des navettes TEC toutes les dix minutes. L’autre poil à gratter pour les deux aéroports concerne les actions en justice de certains riverains ou de la Commission européenne téléguidée par le concurrent bruxellois. Enfin, les deux aéroports pourraient connaître des mouvements au niveau de leurs actionnariats.

Gérer l’imprévisible

Politiques, médias, et parfois certains acteurs régionaux relancent la guéguerre entre les deux aéroports wallons. Pour les deux patrons, cela n’a aucun sens: “Il s’agit d’une saine concurrence et surtout de segments de marché très différents. En fait, l’aéroport de Charleroi est plus en concurrence avec Brussels Airport. Et puis, il ne faut pas chercher une guéguerre Charleroi-Liège parce que nos concurrents sont Lille, Düsseldorf, Rotterdam…”, tempère Luc Partoune. Un avis partagé par Jean-Jacques Cloquet: “Une saine concurrence. Le développement des vols charters à Liège, c’est une belle complémentarité. Dans notre organisation, les charters nous perturbent”.

Pour que leur avenir reste doré, les aéroports wallons vont devoir montrer leur capacité à gérer au mieux l’imprévisible. En 2017, les attentats à l’aéroport de Bruxelles avaient eu un “impact  positif” (hausse de 300.000 voyageurs à Charleroi et 150.000 à Liège). Par contre, le dysfonctionnement d’un acteur important de l’aéroport comme ce fut le cas avec la suppression des vols de Ryanair entre septembre et novembre 2017 plombe les comptes. À Charleroi, cela a représenté une diminution de 40.000 passagers et une perte de plus ou moins 200.000 euros. Une occasion de rappeler l’importance, tant pour Charleroi avec Ryanair que Liège avec FedEx, d’éviter une dépendance trop forte à un seul acteur… pour assurer la pérennité à long terme de l’emploi.

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