Accords commerciaux avec le Canada, je t’aime moi non plus

Le ministre Marcourt s'explique pour la première fois sur le CETA. En visite au Canada et alors que le gouvernement wallon MR-cdH remet en cause le traité commercial, l'amour sauverait tout. Le Québec et la Wallonie sont comme deux amants qui se sont chamaillés et tiennent encore. Bonne Saint-Valentin.

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“Une motion, c’est comme une déclaration d’amour, ça n’engage que ceux qui l’écoutent”, ironise le ministre Marcourt à propos du revirement sur le CETA du cdH désormais en ménage en Wallonie avec le MR. Le CETA est l’accord commercial qui lie l’Europe avec le Canada. Jean-Claude Marcourt (PS) est justement en mission au Canada pour trois jours jusqu’à ce mercredi soir. C’est une première avant la venue royale au mois de mars. Alors vu de l’autre côté du Continent, c’est vrai, les Québécois ont mis un certain temps avant d’avaler ce qu’ils ont pris pour un affront de la part des Wallons. « Mais la position est positive pour tous », dit le ministre Marcourt.

Les Québecois ont été froissés… à l’époque

Aujourd’hui, les relations Canada-Belgique se détendent un peu. La prochaine visite royale est suspendue sur toutes les lèvres. Mais ça a chauffé lorsque le gouvernement de Paul Magnette (PS) et tel Astérix contre l’Amérique, a déterré sa hache de guerre face au CETA, avec l’appui marqué du cdH. “La symbolique du report de l’accord (à cause des Wallons, NDLR) est devenue à un moment plus forte que l’accord. Les Québécois avaient lancé l’idée du CETA. Ils étaient très attachés au fait de développer des accords avec l’Europe et la Wallonie. Ils ont été froissés, vexés mais aujourd’hui c’est oublié”, confie un observateur.

Un souci de valeurs morales

Bon. Alors que s’est-il passé? “La crise du Ceta n’était pas un problème avec les Canadiens mais un problème de principe. Les représentants de la population étaient exclus. Il n’y avait aucune transparence et tout se passait dans un cénacle  ”, explique Marcourt qui était aux premières loges lors de la crise qui a amené les Wallons à faire plier le négociateur européen. “  Et le parlement wallon a mis la pression pour débattre sur ces traités de nouvelle génération. Il faut que l’Europe garde un espace commercial régulé. Il est dommage que l’OMC ait échoué dans cette mission. Mais il faut se garder une autre manière de faire du commerce au XXIe siècle avec des valeurs morales.  ”

« Un gouvernement wallon à la remorque du fédéral »

Le CETA amendé par les Wallons pourrait-il être lessivé  ? Faire et défaire, la terrible logique politique  ? “ Ce qui a été obtenu est coulé dans des textes contraignants ”, assure Marcourt. “ Et on fera des thèses de doctorat sur la manière dont la Wallonie a négocié. On n’imagine pas les pressions que Paul Magnette, alors ministre-president de la Wallonie, a reçues ”. Les évaluations demandées et l’implication de normes sociales et environnementales dans le CETA, ce ne seront sûrement pas les Canadiens qui demanderont à les changer, comme on comprend.

Mais… “ le gouvernement wallon va s’aligner sur les diktats du Fédéral. Ce gouvernement wallon sera la remorque du gouvernement Michel/ De Wever. Ce sera une trahison ”, dénonce Marcourt. “ Aujourd’hui les Canadiens sont très intéressés de savoir ce qui est arrivé, perçoit le vice-Premier du gouvernement Wallonie-Bruxelles. Et aujourd’hui, ils comprennent mieux. Nous ne pouvons plus avoir une Europe de technocrates. Mais une Europe politique. ”

Et en fait… le CETA est déjà en vigueur

En attendant, on vous donne quelques clés pour situer l’enjeu et remettre un ordre de grandeur. Le CETA est déjà entré en vigueur le 21 septembre. En octobre, le Canada a enregistré une hausse significative du commerce entre la Belgique et le Canada mais ce processus est aujourd’hui confronté à la hausse du cours de l’euro. En attendant, les droits de douane ont été supprimés. Pour l’heure, seuls 8 des 28 pays européens ont ratifié le traité. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est assez courant que les traités soient opérants avant leur ratification. Le volet investissement a été mis entre parenthèses. Mais il s’agit d’une petite partie du CETA.

Notons aussi que trois-quart des exportations du Canada vont vers les États-Unis et seulement 8% vers l’Europe. Par ailleurs, près de la moitié des exportations canadiennes vers l’Europe vont actuellement vers la Grande-Bretagne, en plein Brexit. En réalité, au Canada, on se fait bien plus de souci avec l’accord de libre-échange établi avec les États-Unis et le Mexique qu’avec le CETA. Le président Trump menace d’enclencher une procédure de résiliation de cet accord. C’est une épée de Damoclès qui pèse sur toute l’économie canadienne.
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