À l’abri des regards

Le monde de la mode n’est pas épargné par le mouvement #MeToo. Mais en dehors des accusations, ce climat permet aussi (et heureusement) de faire bouger les choses dans le bon sens.

Jasmine Tookes. Backstage du défilé de mode Jeremy Scott à New York, le 8 septembre 2017. © Reporters / Bpresse

Encore récemment, il semblait apparemment normal que les mannequins doivent se déshabiller en backstage au vu et au su de tous, y compris des photographes. Désormais, elles (et ils) bénéficieront de vestiaires privés pour se changer entre deux défilés de la New York Fashion Week (qui se déroule jusqu’au 16 février). Cette innovation est rendue possible grâce à l’alliance entre le CFDA (Council of Fashion Designers of America) et la Model Alliance, un groupe de défense des mannequins de mode présidé par Sara Ziff. « Les mannequins se plaignaient de photographies invasives et du manque d’intimité lorsqu’ils et elles se changent dans les coulisses », ont déclaré les deux organisations. Cette saison, un espace de changement a donc été attribué à ceux et celles qui souhaitent l’utiliser. « Cela faisait longtemps que nous voulions lancer cette initiative, a déclaré Sara Ziff. Suite à toutes les accusations dans le monde de la mode et du divertissement, nous avons vraiment senti que la mode était prête à prendre ces préoccupations en compte ».

Au cours des derniers mois, plusieurs mannequins ont dénoncé de nombreux abus par des photographes tels que Bruce Weber et Terry Richardson, ce dernier faisant l’objet d’une enquête par le NYPD. En réponse à ces allégations, le Condé Nast International a récemment introduit un nouveau code de conduite stipulant plusieurs règles. Parmi elles, l’interdiction pour tout participant à un shooting photo d’être « sous l’influence de l’alcool ou de drogues illicites ». Le code exige aussi qu’un « vestiaire privé soit fourni à chaque sujet sur le plateau » et qu’aucun participant « ne devrait être laissé seul avec un photographe, maquilleur ou toute autre personne au moment du shooting ». Les mannequins Kristina Romanova et Antoniette Costa ont également lancé mardi dernier la Humans of Fashion Foundation, un site web qui met en relation toute personne ayant vécu un abus dans l’industrie de la mode avec des avocats pro bono et subventionnés, des conseillers en santé mentale et des réseaux de soutien.

Défilé McCall Fall/Winter 2018 à la NYFW 2018 © Belga Image / Zumapress

« Je crois que la séparation entre les mannequins qui se changent et ceux qui filment ou prennent des photos est un must », a déclaré la mannequin britannique Karen Elson. « Vous n’imaginez pas le nombre de fois où, dans ma jeunesse, j’ai vu des photographes prendre des photos de moi déshabillée, ou le nombre de fois où je me suis retrouvée, pendant une longue période, juste habillée d’un string dans une pièce remplie de gens. Je me suis sentie extrêmement exposée », confie-t-elle. Instaurer un vestiaire privé pour les mannequins qui défilent est donc une sacrée (r)évolution pour le monde de la mode, même s’il est étonnant que cette initiative soit si tardive …

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