Cigarette électronique, quand l’info devient mortelle

Vapoter provoquerait le cancer. Les études controversées et vulgairement vulgarisées, aussi.

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La news a inondé les médias à la vitesse d’un tweet de Theo Francken. Selon une étude menée par la faculté de médecine de l’université de New York, vapoter favoriserait l’apparition de cancers. « Bien que les cigarettes électroniques contiennent moins de substances carcinogènes que les cigarettes conventionnelles, le vapotage pourrait présenter un risque plus grand de contracter un cancer pulmonaire ou de la vessie ainsi que de développer des maladies cardiaques« , affirment les chercheurs. L’effet cancérigène de la vapeur de cigarette électronique serait, selon eux, imputable à la dégradation partielle de la nicotine en nitrosamines (classées comme substances cancérogènes par l’OMS). A en croire ces quelques lignes, la cigarette électronique serait même encore plus nocive que le tabac. Sauf que ces conclusions sont loin de faire l’unanimité au sein de la communauté scientifique. Et c’est un euphémisme. Dans sa chronique sur France Inter, le Dr Dupagne assène: «C’est un peu comme si on voyait passer tous les 6 mois des articles sur le risque de cirrhose du foie induit par la bière sans alcool

Pour provoquer ces dommages à l’ADN des cellules des poumons, de la vessie ou du cœur, les chercheurs ont en effet métamorphosé ces rongeurs en champions du «cloud chasing». Les souris ont ainsi été exposées à la vapeur durant douze semaines, aspirant une quantité de nicotine «équivalente, en dose et en durée, à dix ans de vapotage pour les humains», relaie l’AFP. Une dernière info qui ne figure pourtant pas dans l’étude. En revanche, les doses administrées  – 3.2 ml de liquide par jour concentré à 10mg/ml de nicotine – sont connues et semblent totalement disproportionnés pour une souris de 20 grammes. De plus, comme le souligne Le Figaro, les cobayes participant à l’étude sont des souris transgéniques dont l’une des particularités est de présenter une prédisposition à développer des tumeurs.

20 fois moins nocive que la clope

«Cette étude ne démontre rien du tout au sujet des dangers du vapotage. Elle ne prouve en rien que le vapotage cause le cancer», enchérit Peter Hajek au Guardian. Pour le directeur de l’unité de recherche sur la dépendance au tabac de l’Université Queen Mary de Londres, cette étude est à classer parmi ces fausses alertes qui découragent les fumeurs de passer à la vapeur. «La meilleure estimation actuelle est que le vapotage induit, au pire, environ 5% des risques liés au tabagisme».

Cette désinformation est d’autant plus pernicieuse que l’effet de l’inhalation de la nicotine sur la santé est connu depuis des lustres. Avant même l’apparition de la cigarette électronique, une étude norvégienne de 1996 avait déjà fait l’expérience. Durant deux ans, des rats ont respiré une quantité de nicotine deux fois supérieure à celle inhalée par les gros fumeurs. Mais aucune augmentation des cancers ou des maladies cardiovasculaires n’a été constatée.

6.6 millions de vies sauvées

Profitons-en pour rappeler ce que la science sait (et ne sait pas) à l’heure actuelle. Le gouvernement américain a ainsi fait analyser 800 études sur la cigarette électronique et souligne d’abord que la vapote n’est pas sans danger. Une toxicité qui dépend des e-liquides utilisés (principalement des arômes contenus dans ceux-ci) et de la température de chauffe. Comparé au fumeur, le vapoteur réduit néanmoins son exposition à de nombreux produits toxiques et cancérigènes présents dans la cigarette. Plusieurs études sérieuses ont également démontré que les effets négatifs à court terme du tabagisme sur certains organes diminuent en cas de passage à l’électronique. Aujourd’hui, toutes les instances de santé publique s’accordent d’ailleurs à dire que l’e-cigarette reste bien moins dangereuse que le tabagisme. Quant à la question de savoir si elle constitue un bon moyen de sevrage, les études sont plus divisées. Visiblement efficace pour arrêter le tabac, elle l’est moins pour stopper la dépendance à la nicotine. Mais est-ce vraiment un problème de santé publique?   

Dans la patrie de Philip Morris, où l’e-cig a désormais détrôné les autres substituts nicotiniques, la Food and Drug Administration (FDA) a d’ailleurs annoncé un changement majeur de sa stratégie antitabac en réévaluant les risques des différents constituants de la cigarette. «La nicotine, bien que nocive, n’est pas directement responsable du cancer, des maladies pulmonaires et cardiaques causées par le tabac qui tuent des centaines de milliers d’Américains chaque année.» Une étude publiée dans la revue Tobacco Control a d’ailleurs tenté de mesurer le nombre de morts évitées si une majorité de fumeurs américains troquait sa clope pour une cigarette électronique. A l’horizon 2100, ce chiffre pourrait atteindre 6.6 millions de vies sauvées. Et on ne parle que des États-Unis.  

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