Rébellion contre Facebook et Google

D’anciens employés des deux firmes géantes de la Silicon Valley s’allient pour défier les entreprises qu’ils ont aidé à construire.

Technologie © Unsplash / NordWood Themes

« Nous étions à l’intérieur. Nous savons ce que les entreprises mesurent, comment elles parlent, et comment l’ingénierie fonctionne », a déclaré Tristan Harris, un ex-éthicien de Google. Il dirige à présent un syndicat d’experts (le Center for Humane Technology) formé d’autres technologues autrefois employés chez Facebook et Google. Leur but : contrer les deux colosses du web. Ils sont en effet concernés par les effets néfastes des réseaux sociaux et des smartphones.

Santé en danger

Aux États-Unis, de nombreux experts s’inquiètent de leurs conséquences, en particulier sur les jeunes. En janvier, deux investisseurs de Wall Street avaient demandé à Apple d’étudier les effets de ses produits sur la santé et de faciliter la limitation d’utilisation des iPhone et iPad. La semaine dernière, des experts en pédiatrie et en santé mentale ont quant à eux imploré Facebook de supprimer Messenger Kids, son service de messagerie destiné aux enfants de 6 ans et plus. Des groupes de parents sont également inquiets vis-à-vis de YouTube Kids. Grâce à un financement du Common Sense Media, un groupe de surveillance des médias à but non lucratif, et du Center for Humane Technology, le syndicat organise une campagne de sensibilisation baptisée The Truth About Tech. L’objectif : éduquer les étudiants, les parents et enseignants aux dangers de la technologie.

Les voix se lèvent

Ce n’est pas la première fois que des voix venant de l’intérieur même des géants de la Silicon Valley s’élèvent contre ces derniers. Une tendance qui semble se renforcer de plus en plus. En décembre, un ancien cadre de Facebook tirait lui aussi la sonnette d’alarme : « les réseaux sociaux déchirent notre société ». Le directeur général d’Apple, Timothy D. Cook, avait également déclaré à The Guardian le mois dernier qu’il ne laisserait pas son neveu s’inscrire sur les réseaux sociaux, alors que l’investisseur Sean Parker (Facebook) a récemment dit du bébé de Marc Zuckerberg que « Dieu seul sait ce qu’il fait aux cerveaux de nos enfants ». Roger McNamee, l’un des premiers investisseurs de Facebook a aussi rejoint le Center For Humane Technology. Ses raisons ? Il se dit « horrifié » de voir ce à quoi il a contribué. « Facebook fait appel à deux choses dans votre cerveau : la colère et la peur. Et avec les smartphones, il peut vous atteindre à n’importe quel moment. Rejoindre ce groupe est pour moi une opportunité de corriger le mal que j’ai fait », confesse-t-il. Tristan Harris est lui aussi connu pour ses prises de position contre son ex-employeur, notamment via son article « Comment la technologie pirate l’esprit des gens ». C’est lui qui conseillait déjà en 2017 de mettre son smartphone en noir et blanc pour s’en détacher plus facilement.

Plus récemment, on retient l’intervention du milliardaire George Soros au forum de Davos qui a qualifié les géants du web de « grave menace » et a appelé à une action ferme de la part des gouvernements. Au-delà des séquelles sur la santé, il s’inquiète de ceux sur la démocratie : « Les réseaux sociaux ont une influence sur l’opinion publique et sur les comportements des personnes, sans même que celles-ci ne s’en rendent compte. Et les conséquences sur le fonctionnement de la démocratie sont très importantes, en particulier sur l’intégrité des élections […] La rentabilité exceptionnelle de ces sociétés tient en grande partie au fait qu’elles n’assument pas la responsabilité du contenu publié sur leurs plateformes et qu’elles ne paient rien pour ce contenu. Elles prétendent qu’elles ne font que diffuser de l’information, mais le quasi-monopole dont elles jouissent en fait des services d’intérêt public. Or, à ce titre, elles devraient être assujetties à une réglementation plus stricte visant à préserver la concurrence, l’innovation ainsi qu’un accès universel ouvert et juste ».

Déjà composé de Tristan Harris, Sandy Parakilas (ancienne responsable des opérations de Facebook), Lynn Fox (ancienne responsable de la communication de Google et Apple), Dave Morin (un ancien cadre de Facebook), Justin Rosenstein (créateur du bouton Like), Roger McNamee et Renée DiResta (spécialiste des bots) le groupe a de grandes chances de continuer à s’agrandir.

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