Prison : l’art brise la grisaille

Surprise dans certains établissements pénitenciers. Tableaux, sculptures, les couloirs des prisons sont investis d'objets d'art. Le phénomène prend de l'ampleur dans les nouvelles constructions. Impossible toutefois de donner aujourd'hui un chiffre précis ou une liste exhaustive de l'ensemble des œuvres exposées ni de leur valeur.

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Surpeuplées, sales, crasseuses, inhumaines, les prisons s’habillent d’adjectifs sombres lorsqu’on évoque l’univers carcéral. Pourtant, depuis plusieurs années, une réflexion est menée par les autorités pénitentiaires pour donner un sens plus artistique et culturel, surtout dans les nouvelles prisons. « Dans les prisons les plus récentes, l’art est intégré lors de la construction du bâtiment », explique le ministre fédéral de la Justice, Koen Geens. Mais combien d’oeuvres ? Des sculptures ? Des tableaux ? La direction générale des Établissements pénitentiaires (DG EPI), ne tient pas à jour « d’inventaire ni d’archive concernant les œuvres d’art exposées dans les prisons. Elle n’est pas non plus en mesure de donner un aperçu de la valeur de ces œuvres d’art ».

Où les familles et les détenus peuvent-ils découvrir cette évolution ? Voici quelques exemples concrets. La prison d’Hasselt est le premier projet de l’administration pénitentiaire belge à avoir intégré de l’art dans ses 10.000 m² de sol. Dans la prison de Leuze-en-Hainaut, la plupart des œuvres d’arts plastiques exposées sont signées George De Decker (sculpture en bronze, en bois, en acier ou encore en cuir) et Franca Ravet (fresque graphique), parmi lesquelles figurent des sculptures, des peintures, des fresques et des vitraux. La réflexion dans cette prison a été globale, comme l’explique le ministre de la Justice dans une réponse parlementaire : « Des interventions artistiques ont été réalisées à l’entrée (fontaine sculpturale), dans le couloir central (décoration murale, éclairage sculptural et bande sonore), dans la salle d’attente (toile), dans l’espace réservé aux avocats (sculptures et toile), sur la terrasse du personnel (sculpture), dans le lieu de prière (vitraux en plexiglas) et dans le panoptique (fresque graphique au plafond) ».

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De l’art contre les hélicoptères

En Wallonie, une autre prison, celle de Marche-en-Famenne, a bénéficié de la même attention : plusieurs œuvres d’art de Vincent Strebelle ont été sélectionnées. Une série de quatre arbres en acier placés dans le préau constitue l’œuvre la plus remarquable. Cette œuvre n’a toutefois pas qu’une posture artistique, mais entre aussi dans une démarche de sécurisation du site : « L’arbre doit non seulement embellir le préau, mais il sert également à empêcher l’atterrissage d’hélicoptères », souligne le ministre Geens.

Toujours dans la prison de Marche, un effort a été réalisé pour donner aux détenus l’illusion de voir à travers le mur d’enceinte : cinq miroirs en inox poli sont posés contre le mur. D’autres actes ont été posés : une porte symbolique en acier Corten, le mur du tribunal de l’application des peines est décoré d’une fresque dorée représentant une ombre humaine signée B. Drion et les armoires de rangement colorées à l’accueil forment également une œuvre d’art intégrée.

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En Flandre, une autre prison a fait l’objet d’un travail artistique collectif. Durant la construction de la prison de Beveren, l’école des arts de l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers s’est chargée de l’intégration de l’art dans l’enceinte de la prison. À cet effet, l’Académie avait organisé une compétition entre les étudiants de sa section Arts plastiques et photographie. La somme restante qui était destinée aux œuvres d’art est utilisée pour un projet de graffitis pour les détenus portant le nom de Herstel kleurt kunst (La réinsertion colore l’art).

Enfin, on se souvient aussi du projet artistique autour de la plus vieille prison du pays, celle de Tongres près de Liège qui avait été mise en service en 1844. En 2005, elle fut désaffectée. Un travail artistique vidéo-photo avait alors été mené autour d’un projet de prison-musée qui avait amené plus de 200.000 personnes.

Cette réflexion sur l’art en prison n’est pas neuve. En 2010, dans le cadre de l’exposition « Clair et Obscur », la biennale des œuvres des détenus, Culture et Démocratie, le Réseau Art et Prison, l’ASD/Luxembourg (Service d’Aide Sociale aux Détenus de l’Arrondissement Judiciaire de Neufchâteau) et le Centre d’Action Laïque de la province de Luxembourg avaient organisé une journée consacrée aux Arts plastiques. À cela s’ajoute des initiatives d’artistes qui interviennent chaque mois en prison afin d’échanger leurs expériences et leurs réflexions avec des détenus. La prison n’est donc pas murée, comme on le croit trop souvent, mais ces initiatives mériteraient sans conteste d’être mieux soutenues et connues par un plus grand nombre.

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