Requiem pour un hypermarché

Nouvelle crise chez Mestdagh dont les magasins sont en grève aujourd'hui, à Bruxelles comme en Wallonie. Suite à l'annonce de la suppression de 350 emplois, les négociations s'enlisent. Depuis la restructuration dramatique de Carrefour Belgium en janvier dernier, une page de l’histoire de la distribution est en train de se tourner. Elle suit l’évolution des modes de consommation.

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Le personnel de Mestdagh est en grève aujorud’hui. Un mouvement qui pourrait se poursuivre sur trois jours. Les syndicats dénoncent l’enlisement des négociations, le manque d’avancées sur le plan social et sur le futur des magasins. « Ça fait des années qu’on discute de la nouvelle organisation chez Mestdagh, qu’on tire la sonnette d’alarme. Certains magasins ont déjà connu des restructurations chez Carrefour, il ne faut pas l’oublier », rappelle Myriam Delmée, vice présidente du SETCA, à la RTBF.

En janvier dernier, Carrefour Belgium annonçait en effet la fermeture de deux hypermarchés : Genk et Belle-Île à Liège. La taille de quatre autres étaient amenées à se réduire. Des décisions qui menaçaient 1.233 emplois. C’est le début d’une crise où le pire reste à venir. Les usines à vendre sont à terre. Une mort annoncée depuis plusieurs années. Les hypermarchés devaient se réinventer et émerveiller à nouveau. Les rayons consacrés aux produits non alimentaires, à tout ce qui se vend désormais en ligne, ont été sacrifiés. Mais l’émerveillement n’a pas eu lieu. La guerre des prix a fait rage et les grands distributeurs se sont pris à leur propre piège. Le modèle de l’hypermarché sous-entend des investissements majeurs, immobiliers, amortis sur environ 40 ans. 

La rentabilité n’y est plus. C’est le résultat mécanique, cynique d’une loi économique: l’équation entre ce que coûte un hypermarché et ce qu’il rapporte. “On garde en vie une industrie en déclin tant qu’elle rapporte en bénéfices et en parts de marché, explique Pierre-Alexandre Billiet, professeur à la Solvay Business School. Si l’équation n’est plus positive, ça ne vaut plus le coup.” C’est tout. Les géants de la distribution symbolisent une forme de consommation de masse qui était moderne après guerre: trouver tout sous l’immense toit d’un hangar, remplir d’immenses caddies le samedi pour le reste de la semaine, les vider dans sa voiture et regagner sa maison en ayant le sentiment d’avoir maîtrisé son budget et la satisfaction d’un frigo bien rempli. Le consommateur du début du XXIe siècle, plus urbain et plus impulsif, s’est déjà tourné vers le commerce de proximité, l’e-commerce ou le hard-discount. Y compris pour manger. 

Un avenir incertain

Le secteur de la distribution en Belgique représente 420.000 emplois. Que va-t-il se passer? L’e-commerce sera la grande distribution de demain, prédit Pierre-Alexandre Billiet. “Ce sont des conditions de travail bien plus épouvantables encore. Malheureusement, jusqu’ici, ça ne retient personne d’acheter sur Amazon. Ce qui se passe chez Carrefour est une catastrophe humaine. Mais la vraie question, c’est comment agit-on à partir d’aujourd’hui?” 

Carrefour compte en Belgique quelque 45 hypermarchés, dont 44 en gestion propre et un franchisé, 443 supermarchés (surface entre 400 et 2.500 mètres carrés), dont 39 en gestion propre et 296 magasins “Express”, tous franchisés. Un hypermarché est un magasin d’une surface supérieure à 2.500 mètres carrés, généralement situé en périphérie.

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