Bad buzz: pourquoi le monde entier les voit

Pub H&M, photo retouchée de Claudia Cardinale, problème de maths qui utilise les migrants,... Ces bad buzz sur les réseaux sociaux sont un véritable thermomètre de notre société. Une étude exclusive les a auscultés à la loupe.

Bad buzz

Un enfant noir porte un sweat à capuche vert. Sur son ventre est écrit: “Coolest monkey in the jungle”, soit en français, “le singe le plus cool de la jungle”. Le premier bad buzz de l’année 2018 a frappé la chaîne de prêt-à-porter H&M. L’image a tellement fait parler d’elle que notre Romelu Lukaku national et le chanteur The Weeknd ont tweeté leur indignation. À ce stade, 2,2 millions de tweets ont déjà été échangés sur ce “faux pas” marketing. C’est plus que le pire bad buzz de 2017, United Airlines et sa vidéo de passager ensanglanté et traîné hors d’un avion overbooké, qui a entraîné 1,9 million de tweets. Par comparaison “Je suis Charlie” en avait généré 1,5 million. 

 

You’re prince soon to be a king ?? Don’t let anybody tell you different … #blackexcellence

Une publication partagée par Romelu Lukaku (@rlukaku9) le

“C’est l’effet mastodonte des bad buzz. Le monde entier les voit. Leur caisse de résonance est double: les réseaux sociaux et les médias”, analyse Nicolas Vanderbiest, chercheur à l’UCL, qui mène depuis quatre ans une enquête sur les bad buzz avec la société française “Visibrain”. Le phénomène de bad buzz a vu le jour en 2004 et a connu une augmentation exponentielle jusqu’en 2014. Durant cette année 2017, 102 crises digitales ont éclaté. “Le nombre de cas est stable et baisse même un peu d’année en année”, note l’expert. Les crises se jouent surtout sur Twitter mais, depuis peu, parfois sur Instagram. Facebook est en net recul: en 2017, le nombre de crises ayant été commentées sur Facebook a été divisé par deux par rapport à 2016. En Belgique, nous sommes toutefois plus mobilisés sur le réseau de Mark Zuckerberg que sur Twitter. Le bad buzz belge de 2017, la crise des scouts et de leurs canettes de bière au camp en été, s’est entièrement joué sur Facebook. 

“À travers les bad buzz, on a un thermomètre de la société”, pose Nicolas Vanderbiest. Ces deux dernières années, les médias étaient les plus touchés par les bad buzz. En 2017, la malédiction est rompue: le secteur le plus touché est celui des loisirs – parcs d’attractions, jeux vidéo, culture… Le premier incident de l’année a eu lieu en février. Les éditions du Seuil ont été mises en cause suite aux propos d’un de ses écrivains Mehdi Meklat. Des traces numériques montrent que l’auteur a tenu des propos homophobes et antisémites sous un pseudonyme. A suivi le Festival de Cannes, qui a publié une photo de Claudia Cardinale retouchée, taille affinée, cheveux rangés, jambes amincies. Les internautes se sont déchaînés. Ou les éditions Nathan, qui ont soulevé l’indignation en proposant un problème de maths qui utilisait des migrants comme exemple. À l’heure où n’importe qui peut dénoncer n’importe quoi, un détail, un faux pas, une posture choquante sont désormais l’étincelle qui crée un incendie ravageur pour l’image d’une entreprise.

Sur le même sujet
Plus d'actualité