12 ans et déjà dans le classement Forbes

L’Américaine Marley Dias est la plus jeune entrepreneuse à rejoindre le classement Forbes des moins de trente ans grâce, entre autres, à son initiative #1000BlackGirlsBooks.

Marley Dias © Reporters / AKM Images / GSI Media

Il y a un mois seulement, Marley Dias (12 ans) faisait son entrée dans le prestigieux classement 2018 Forbes des « moins de 30 ans », un palmarès qui récompense les entrepreneurs charismatiques. Une première dans l’histoire du magazine économique américain réputé pour ses fameuses listes.

Des garçons et leurs chiens

Comme de nombreux enfants, Marley Dias aime lire. Mais à l’âge de onze ans, la petite fille en a ras-le-bol des livres qu’on lui propose à l’école : « ils parlent tous de garçons et de leurs chiens ». La jeune fille regrette que la plupart des livres étudiés mettent en scène des héros majoritairement masculins et blancs. En novembre 2015, elle lance une campagne pour collecter et distribuer 1000 livres dont les personnages principaux sont des filles noires. Aujourd’hui, #1000BlackGirlsBooks a récolté près de 10.000 livres et son initiatrice est en passe de sortir elle-même un livre: Marley Dias Gets It Done: And So Can You! qui sortira à la fin du mois. Un guide pratique pour encourager les enfants et adolescents à mettre leurs talents et passions au service d’une cause. Aujourd’hui, son action continue en Afrique du Sud et dans le monde entier.

Trois options

Élevée dans une banlieue du New Jersey habitée par une forte population blanche, Marley est la fille de l’activiste Janice Dias, cofondatrice de Grass Roots Community Foundation, une association qui milite en faveur de la santé des petites filles. Face à sa frustration devant le manque de diversité dans la littérature jeunesse, Marley explique au magazine Forbes avoir eu trois options: « J’aurais pu par exemple acheter plus de livres, demander à mon père de m’emmener à Barnes & Noble (le plus gros libraire aux États-Unis, NDLR) et vivre ma vie parfaite dans la banlieue de Jersey. J’aurais aussi pu trouver des auteurs, les supplier d’écrire plus de livres avec des filles noires. À la place, j’ai décidé de lancer une campagne pour collecter des livres dont les héroïnes sont des filles noires, les donner aux communautés, développer un guide pour trouver ces livres, parler aux éducateurs et aux législateurs sur la façon d’augmenter la diversité en littérature et enfin, écrire mon propre livre ». Respect.

Minorités niées

Cette initiative était nécessaire aux États-Unis. Selon une étude réalisée à l’Université de Wisconsin-Madison, seulement 8,4% des 3 400 livres commerciaux publiés aux États-Unis en 2016 comportaient un personnage principal afro-américain. Les chiffres sont encore plus faibles pour les protagonistes latinos, amérindiens ou asiatiques : seulement 55 livres, soit 1,6%, présentent un personnage amérindien dans un rôle principal; 169, soit environ 5%, avaient un protagoniste latino ; et 239, ou 7%, concernaient un personnage d’origine asiatique.

La démarche de Marley Dias s’inscrit dans la mouvance féministe actuelle, et plus encore dans l’afroféminisme représenté dernièrement en France par Amandine Gay et son documentaire Ouvrir la voix. Ce mouvement né dans les années septante aux États-Unis émerge à peine en Belgique avec notamment la naissance du collectif afroféministe belge Mwanamke en 2015. Et puisque « lire, c’est voir le monde par mille regards » (Serge Joncour), instaurer la diversité dans les bouquins pourrait être un bon départ pour plus de tolérance dans nos sociétés tourmentées.

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