Homard m’a tuer

En Suisse, il sera désormais interdit de cuire ces crustacés vivants en les plongeant dans de l'eau bouillante.

belgaimage-125311612-full

S’il y en a qui doivent applaudir des deux pinces aujourd’hui, ce sont bien les homards. En effet, le Conseil fédéral Suisse a révisé certaines lois relatives à la protection des animaux et il en résulte que la pratique un peu barbare -il faut bien le reconnaître- de cuire un homard en le plongeant vivant dans une casserole d’eau bouillante sera bannie dès le 1er mars. On imagine bien qu’il sera difficile d’aller contrôler ce qui se fait dans la cuisine des particuliers, mais les établissements professionnels auront, eux, l’obligation d’étourdir le crustacé avant de l’ébouillanter.

C’est ce qu’on lit en toutes lettres sur le site internet du gouvernement suisse. « Les décapodes marcheurs vivants, tels les homards, ne peuvent plus être transportés sur de la glace ou dans de l’eau glacée. Désormais, les espèces aquatiques doivent toujours être détenues dans leur milieu naturel. [Ils] doivent dorénavant être étourdis avant la mise à mort. La pratique consistant à plonger les homards vivants dans de l’eau bouillante, courante dans la restauration, n’est plus admise » Une bonne idée en soi, destinée à réduire la souffrance animale. Et encore un petit coup de pied dans la fourmilière de l’industrie agro-alimentaire et des pratiques parfois discutables de la « bonne bouffe ». Car si aujourd’hui on constate une prise de conscience des consommateurs quant à la sensibilité des animaux, la position de la société apparaît encore paradoxale.

En principe, la réglementation européenne prévoit que « toute souffrance, y compris la mutilation, doit être réduite au minimum pendant toute la durée de vie de l’animal, y compris lors de l’abattage. » On dit bien « en principe », car comme Jean-Marc Montegnies l’expliquait dans le cadre de l’article sur le refuge « Animaux en Péril » publié dans le Moustique du 22 novembre, “Par sa nature même, l’élevage industriel constitue une exception colossale à cette loi. On y coupe les queues des porcelets à vif, on leur lime les dents, on les castre sans anesthésie et on place les truies dans des enclos où elles n’ont pas la place pour se retourner, parfois même pas l’espace pour se lever complètement. On oblige également les cochons à vivre sur leurs excréments, une situation qu’ils ne supportent pas. Ils deviennent agressifs à cause de l’ennui, se mordent, se griffent entre eux. Dans la nature, ils n’ont pas du tout le même genre de comportement. ” Que faire alors ? Il est sans doute nécessaire aujourd’hui de bouger les lignes petit à petit, en s’attaquant au cas par cas, comme le celui du homard en Suisse. On pourra évoluer, mais soyons francs, il sera impossible de supprimer la souffrance animale tant qu’on élèvera des bêtes pour les tuer.

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité