La basse-cour des Fake news, ses dindons et ses autruches

Toujours plus de fake news. Les dindons de ces mauvaises farces virales continuent à courir avec en face des autruches qui tentent de sortir la tête du sable. On vous explique ce qui se passe avec les fake news.

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Les fake news ont remporté en 2017 encore plus de succès qu’en 2016, selon l’enquête annuelle « Buzzfeed ». Et cela alors que Facebook avait annoncé des systèmes de filtres. Cette année, les « hits » concernent de multiples supposés faits divers à connotation sexuelle. La politique, après une année faste lors de la présidentielle américaine, est en repli et ne concerne plus que 11 des 50 fausses informations. Les crimes, avec des titres scabreux, ont remporté bien plus de succès.

Le défi est abyssal

Mais, et c’est bien plus dérangeant, Buzzfeed démontre que lutter contre les fausses informations en leur opposant des faits vérifiés est inutile. Selon leurs chiffres, le factcheck d’une fausse information génère 0,5% des engagements totaux sur ce sujet. La vérification n’intéresse donc pas dans 99,5% des cas. Pire même, certains experts disent à présent que le fact-checking peut s’avérer contre-productif et parvenir à renforcer les croyances d’une partie de la population. Le défi est abyssal. Et les politiques en ce début d’année se sont saisi du problème, le président français Emmanuel Macron, en tête.

C’est un système qui rapporte gros

« De tout temps, il y a eu un phénomène de rumeurs. Mais désormais c’est devenu systémique et avec une motivation économique derrière. Il y a des gens qui ne font ça que pour gagner de l’argent, explique Nicolas Vanderbiest, chercheur à l’UCL, devenu une figure médiatique en France par son travail sur les fake news. Durant la présidentielle américaine, des personnes ont réellement fait du commerce avec des informations sur les candidats. « Faire la promotion d’une fake news coûte peu cher, environ 10 euros, et rapporte, après des milliers de partage via le « reach » (ou rapport organique) des centaines d’euros. Par ailleurs, des Etats ont établi une diplomatie numérique pour attaquer ses adversaires. C’est un gros système qui s’est créé et la réponse devrait être tout autant aussi systémique. »

Personne n’a la parade

Les déclarations politiques et médiatiques se multiplient pour assurer que le combat contre ces saletés du web est lancé. Oui mais… « Personne n’a aujourd’hui la parade. Le fact-cheking n’est même pas la solution puisqu’on a vu que cela poussait les gens à cliquer encore plus sur la fausse information », démonte Nicolas Vanderbiest. Le nouveau système décidé par Facebook, c’est de proposer des articles liés avec les informations. « Par nature, une fake news n’a pas d’article lié. On voit là que Facebook veut faire la police de Facebook. Mais ça ne marchera pas non plus. De même une loi comme le propose Emmanuel Macron ne sert à rien. Et on ne comprend pas de quelles fake news Jean-Claude Marcourt (ministre des médias, PS) veut parler quand il propose que le conseil de déontologie se penche sur la question. Tout ça ne sert à rien. »

Rien ne freinera les fake news

Alors, on fait quoi pour ne pas être ni dindon ni autruche? « Il faut rassembler des panels d’experts pour envisager globalement les réponses et élaborer une gamme d’outils », pose Nicolas Vanderbiest. C’est ce que fait pour le moment la commissaire européenne Mariya Gabriel. « Mais même ça ne freinera pas le phènomène. Les fake news sont un effet d’aubaine et en les cherchant, on les amplifie. C’est un business model. La Belgique est cependant relativement épargnée par rapport à la France par exemple, parce qu’on a un petit territoire »

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