La Défense belge, transgenre friendly

Donald Trump a banni les personnes transgenres de son armée en trois tweets. Chez nous, l’armée en compte douze. Et elle les encadre...

Transgenres ©AFP

La Défense compte douze personnes transgenres, dont deux en cours de transition. Tous sont des hommes devenus femmes. Ils sont encadrés depuis 2013. “La Défense est la première entité fédérale à s’être dotée d’une directive pour les personnes transgenres”, se félicite Freddy Van Eeckhout. L’instruction Transgenre établit une douzaine de mesures à appliquer. Parmi celles-ci: l’exemption temporaire du port de la tenue militaire, l’accès aux toilettes, aux douches et aux vestiaires lors du processus de transition (selon l’expression du genre), l’exemption possible des épreuves physiques pendant le processus de transition, le remboursement éventuel des frais médicaux dans le secteur privé, la médiation et la procédure en cas de plaintes. 

Depuis ce 1er janvier 2018, la loi sur le régime relatif aux transgenres a changé afin de leur permettre de changer d’identité plus facilement. Jusqu’à présent, la loi de 2007 imposait l’ablation des organes reproducteurs pour pouvoir officiellement changer de sexe et de prénom. Cette lourde opération nécessite  plusieurs mois de préparation psychologique et hormonale. Aujourd’hui, la chirurgie et la stérilisation ne sont plus obligatoires. 

En gardant ses attributs féminins, un homme pourra donc enfanter

Conséquence: “Les hommes pourront être enceintes, sourit Freddy Van Eeckhout. Une femme pourra décider de changer de genre, donc de devenir un homme, mais sans changer de sexe. En gardant ses attributs féminins, un homme pourra donc enfanter”. Ce qui soulève énormément de questions, comme celle des congés parentaux. “Tous les services publics vont devoir s’adapter à cette nouvelle réalité: l’armée, la police, les chemins de fer… Il faudra bien sûr du temps pour mettre tout en place, mais c’est un bon début. L’avantage chez nous, c’est que la loi prescrit et la Défense exécute. Dans ce cas-ci, je trouve cela très beau parce que ça crée un changement de mentalités. Qui plus est, dans une organisation comme la nôtre. Les gens ne s’attendent pas à ce que la Défense se montre si ouverte.”

Si la Défense anticipe ce bouleversement depuis plusieurs mois, c’est principalement pour des raisons pratiques. Quand un homme devient une femme mais garde ses organes génitaux masculins: quelles toilettes, quelles douches, quel dortoir, quel uniforme? “Il y a aussi la question des tests sportifs, qui sont déterminants dans la carrière militaire. Sous quel régime sera évalué un “ex-homme” qui ne prend pas de traitement hormonal (qui fait fondre la masse musculaire – NDLR)? Comme un homme ou bien comme une femme?” 

La cellule diversité

La Défense collabore actuellement avec l’Institut pour l’égalité des hommes et des femmes ainsi que le réseau Belgian Defence Rainbow Community, une ASBL créée en 2016, afin de répondre à ces questions. Pour Freddy Van Eeckhout, les soldats doivent également être plus sensibilisés à la diversité des genres. “On est une grande organisation. Et ce n’est pas parce qu’une réglementation existe que ça se sait dans les unités. D’où l’utilité de briefer les conseillers en prévention et les services de médiation sur la politique LGBT. Ce serait aussi utile pour les principaux concernés, qui ne sont pas toujours au courant de l’accompagnement qui leur est proposé par la cellule diversité.”

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