Quand la honte change de camp

L’omerta s’est brisée. De Trump à Weinstein, le règne du mâle blanc dominant et prédateur sexuel a été dénoncé. Le débat le plus interpellant de l’année.

Nicole Kidman et Harvey Weinstein © Reporters

Tout est parti des États-Unis. Tout a commencé avec l’élection de Trump, l’homme qui a clamé qu’une femme, “ça se prend par la chatte”. Pour son premier jour comme président, le 21 janvier 2017, Donald Trump est accueilli par une immense manifestation à l’appel du collectif Women’s March. Des manifestations similaires ont lieu dans 400 autres villes américaines et dans 70 pays. Plus de 3 millions de manifestants dénoncent le sexisme outrancier du nouveau “maître du monde”.

L’affaire Weinstein éclate le 5 octobre 2017, dans un article du New York Times. Les révélations des victimes du grand manitou de Hollywood entraînent un gigantesque séisme. Plus de 60 femmes vont annoncer publiquement avoir subi les viols, agressions sexuelles et le harcèlement de Harvey Weinstein. Le producteur invitait les jeunes actrices dans un motel ou au bureau sous le prétexte de discuter de leur carrière, et exigeait ensuite un massage ou un rapport sexuel. Ces pratiques étaient rendues possibles par le personnel et les agents qui organisaient ces rendez-vous, ainsi que par les avocats qui supprimaient les plaintes moyennant menaces et arrangements financiers. Catherine Deneuve, Quentin Tarantino, Gérard Depardieu et Woody Allen notamment vont commenter et être éclaboussés par le scandale, devenu mondial. L’actrice américaine Alyssa Milano encourage dans la foulée les femmes à raconter ce qu’elles ont vécu en reprenant sur Twitter le hashtag #MeToo. Elle reçoit plus de 65.000 réponses. Kevin Spacey, l’acteur principal de House Of Cards est à son tour mis en cause par deux employés. La star adressera ensuite aussi ses excuses publiques, sur Twitter, à Antony Rapp, un acteur qu’il a agressé alors qu’il avait 14 ans à l’époque. Netflix décidera finalement d’écourter la sixième saison de House Of Cards, où l’acteur ne figurera pas.

Le 13 octobre 2017, Sandra Muller, journaliste française, lance sur Twitter le hashtag #BalanceTonPorc. Elle utilise sciemment le mot “porc” parce c’était le surnom de Harvey Weinstein à Cannes. En trois jours, 150.000 messages sont échangés, 16.000 personnes racontent leur agression, viol ou harcèlement. Les médias sociaux agissent comme un puissant accélérateur, le hashtag #MeToo est utilisé des millions de fois dans plus de 85 pays. Des répercussions sont enregistrées jusque chez nous. La VRT arrête du jour au lendemain sa collaboration avec le réalisateur vedette Bart De Pauw après des plaintes pour comportements présumés déplacés. Pendant ce temps, aux États-Unis, ce sont carrément des icônes de la télé qui sont déboulonnées pour les mêmes raisons, comme Matt Lauer ou Charlie Rose. En 2017, la honte a changé de camp.

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