Le beau monde de Vincent Peiffer : les indignés

Nooon, le Soudan pratique la torture?! Si Francken, Michel et Reynders avaient su…

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En son temps, sainte Maggie expulsait des réfugiés afghans avec un air de colombe fataliste. Et certains étaient tués par des talibans dès leur retour forcé à Kaboul. Son successeur, Super-Theo Francken, expulse des Soudanais. Et certains sont torturés. Lui nous sort son air bien maîtrisé du bonhomme un peu bas de plafond, interloqué et faussement indigné. Ah bon?! Le Soudan est une dictature brutale et sanguinaire? Tiens, il y a eu 300.000 morts au Darfour? Et le président soudanais, Omar el-Béchir, est poursuivi pour génocide par la Cour pénale internationale? Nooon… Donc les agents soudanais que j’ai fait venir, c’est peut-être des crapules, alors? Et ça veut dire que quand je les renvoie à Khartoum, les expulsés soudanais peuvent avoir des soucis? Quoi, certains ont été torturés?! “Alors ça ne va pas…” Theo va donc mener l’enquête en envoyant un fonctionnaire sur place. Et bien sûr, là-bas, cela va de soi que les braves agents du régime soudanais vont collaborer en toute transparence avec l’enquêteur à Theo, afin que celui-ci démontre qu’ils ont eux-mêmes torturé… Charles Michel ne savait rien de tout ça, lui non plus, quand fin septembre il soutenait énergiquement son secrétaire d’État à la Migration dans son fricotage soudanais. Qui n’était d’ailleurs qu’une “collaboration technique”. Rien, quoi. Et là, apprenant les tortures, Charles nous fait très bien son indigné également, avec le ton outré du gars qui a été trompé sur la marchandise: “Je veux que la clarté soit faite! On ne peut pas accepter qu’il y ait la moindre ambiguïté!” Très bien aussi, cet accès subit d’autorité: “Jusqu’à la fin de l’enquête, il n’y aura pas de rapatriement vers le Soudan!” Non mais! Comme ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders ignorait tout du Soudan. Bien sûr. Comme les autres. En septembre, agacé par les critiques sur la présence des agents “techniques” soudanais, il en avait même “assez des indignations sélectives” de l’opposition, alors que d’autres pays agissaient de même. Aujourd’hui, lui aussi est indigné. Au concours de l’indignation, ce ne sera pas facile de les départager. Au concours de l’indignité, ils ont déjà tous gagné.

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