Jean d’Ormesson nous quitte

Un personnage. Un écrivain. Une voix. Mais aussi excellent client des médias. L'Académicien est mort. Il avait 92 ans. 

Jean d'Ormesson ©Jacques SASSIER/Gallimard/Opale/Leemage

Ce qui frappe d’abord, c’est sa mise. Et puis, directement, ses beaux yeux. Bleus. Incarnation de l’élégance bourgeoise, il aimait porter des costumes crèmes l’été et des chaussettes bordeaux l’hiver. Des frénésies de dandy dont il ne s’est jamais défait et qui faisait sa griffe. Quant à son regard, il était difficile d’y résister car, même à un âge avancé, on y voyait encore le petit garçon qu’il avait été.

Un petit garçon privilégié, descendant de l’aristocratie française (dans l’arbre généalogique de sa mère, on trouve le directeur de l’imprimerie royale guillotiné à la Révolution), fils d’ambassadeur, élevé par une armada de nourrices en Allemagne, en Roumanie et au Brésil. Des va-et-vient à travers le monde qui s’arrêtent l’été au château de Saint-Fargeau, propriété de sa mère. Le domaine lui inspire Au plaisir de Dieu dont l’adaptation est un des grands succès de la télé des années 70. 

Ces années 70 qu’il passe principalement à la tête du Figaro après avoir dirigé le Conseil international de la philosophie et des sciuences humaines de l’Unesco. Car si Jean d’Ormesson est une figure célèbre de la scène littéraire parisienne, il est aussi un homme de presse qui incarne la ligne la plus stricte de la pensée de droite. Avec Louis Pauwels, rédacteur en chef du Figaro, il forme l’un des duos les plus détestés par l’intelligentsia de gauche qui, de surcroît, regarde de haut ses romans, considérés comme de faciles divertissements bourgeois.

Mondain, hyper cultivé, brillant, doté d’une verve avec laquelle il s’amusait à séduire son public, l’Académicien (il endosse l’habit vert en 1973 à l’âge de 48 ans), soignait son personnage facétieux, devenu l’une des coqueluches médiatiques de notre époque. C’est lui qui, à l’avant-garde, propose de faire entrer une femme à l’Académie française sous les rires de ses collègues convaincus qu’il a perdu la boule. C’est lui qui, en 1981, reçoit Marguerite Yourcenar sous la Coupole.

C’est lui dont le nom est tatoué sur l’épaule de Julien Doré – une marque d’affection de la jeune génération dont il était très fier. Ces dernières années, il publiait des livres au timbre autobiographique Qu’ai-je donc fait, C’est une chose étrange à la fin que le monde, Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit et, plus récemment, le magnifique Je dirai malgré tout que cette vie fut belletestament dont le titre évoque cette manie qu’il a eu d’être heureux.  

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