Goffin Papers

La nouvelle superstar du tennis belge est au paradis. Fiscal, notamment…

David Goffin ©BelgaImage

La Belgique a son nouveau Little Big Man comme elle les kiffe. Au Masters et en Coupe Davis, David a mis les Goliath du tennis à genoux: Nadal, Federer, Tsonga. Et d’autres bientôt. Aux grands cogneurs, petit David Goffin oppose un plaisir de technicité, de vivacité et d’intelligence. Une Justine au masculin. Un miracle comme la Wallonie si peu sportive en produit. Donc voilà, David. Je voulais juste te dire merci: tu es déjà presque grand. Je dis “presque” à cause d’un détail qui me barbouille le plaisir jusqu’à tout gâcher. Tu vois ce que c’est, les impôts? Ça t’a servi à aller à l’école. À emprunter des routes. À te soigner. C’est aussi grâce aux impôts que tu as pu te former à l’Association francophone de tennis: les profs et les infrastructures de l’AFT sont subsidiés, comme les clubs où tu t’es entraîné depuis tout petit. Qui paie des impôts? Nous tous. Chacun selon ses revenus, qui sont parfois riquiqui. Ensemble, on s’appelle “les contribuables”. Je te précise ça pour te rappeler que si tu as déjà touché 7,3 millions de prize money (hors contrats publicitaires), et si tu vas en accumuler beaucoup d’autres, c’est aussi grâce à nos impôts, qui ont aidé à ciseler ton talent. Et maintenant que tu gagnes fort bien ta vie, la décence voudrait que toi aussi tu contribues. Or depuis 2016, tu es résident à Monaco. Donc tu ne verses pas un euro d’impôt sur le revenu en Belgique. Je sais! C’est “légal”. L’Europe est assez con que pour tolérer ses propres paradis fiscaux, et donc organiser sa propre évasion fiscale. Je sais aussi que tu n’es pas le seul sportif belge adulé qui fraude “légalement” sur le Caillou: Jacky Ickx avait ouvert la voie pour Justine Henin ou Philippe Gilbert, et aujourd’hui Thierry Neuville ou Stoffel Vandoorne. Mais je sais aussi que dans quelques années, fortune faite (et non imposée), tu reviendras comme Justine en Belgique après ta carrière pour à nouveau profiter de notre sécurité sociale et de nos infra-structures publiques. Et ça, c’est très minus. Avec ton Goffin Papers, tu n’es pas meilleur que les bandits des Panama ou des Paradise Papers. Tu es un grand tennisman, ça oui. Mais pas encore un grand homme. 

Sur le même sujet
Plus d'actualité