Rien ne va bien, mais tout va mieux

Il suffit d’ouvrir les yeux et de penser à autre chose.

Plus drôle et plus récent: on vient de découvrir une sauterelle incrustée dans une peinture de Van Gogh.

Un homme qui raconte que les Français sont des Belges en colère, qu’il leur suffirait de passer notre frontière pour s’apaiser et rencontrer des gens accueillants et joyeux, un tel homme, on a envie de l’écouter, même quand il prétend que le monde se porte mieux qu’il y a 50 ans. Michel Serres, philosophe médiatique (75 livres au compteur), prolonge son best-seller Petite poucette, glorification des jeunes connectés, d’une attaque contre les vieux ronchons qui prétendent que c’était mieux avant. L’argument en couve proclame: “Avant, j’y étais”.

 À 87 ans, il peut aussi témoigner qu’en un autre siècle, il serait déjà mort. Le reste des 80 pages rappelle des faits souvent négligés: une paix inédite en Occident depuis 70 ans, la fin des tyrans XXL (Mao, Hitler, Staline…), une espérance de vie largement allongée, le recul de la famine, de la violence et des maladies infectieuses, le respect de toutes les minorités. Bien sûr, ces progrès sont asymétriques (demandez aux migrants ce qu’ils en pensent), mais existent partout. Alors pourquoi tant d’angoisses inutiles? 

Comme d’habitude, on peut accuser les médias de souligner que tous les trains n’arrivent pas à l’heure. On peut aussi penser que notre seuil de tolérance s’est abaissé. Heureusement puisque c’est le moteur de toutes ces indignations qui font bouger les lignes. Mais il y a aussi un prix à payer. Carles Puigdemont compte ainsi sur les images des violences imbéciles de la Guardia Civil lors du référendum pour poser en martyr d’un néo-franquisme, malgré l’énormité de la comparaison. Plus drôle et plus récent: on vient de découvrir une sauterelle incrustée dans une peinture de Van Gogh. Scoop qui prouve qu’il travaillait au milieu des champs. Tiens, il y avait un doute? La vraie révélation est ailleurs. L’article précise prudemment que l’insecte ne s’est pas débattu. Déjà mort, il a été transporté par le vent. Pour ce tableau, aucun animal n’a donc souffert. Van Gogh n’était pas un salaud. Pas besoin d’enlever ses tableaux des musées. 

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