Tâches quotidiennes: paroles de couples

Comment se répartissent les tâches quotidiennes quand on vit à deux? Qui supporte la charge mentale? Interviews en chambre.

Le partage des tâches ©Kanar

Elsa & Olivier

Elsa, 32 ans, et Olivier, 35 ans, déjà père une première fois, en couple depuis cinq ans, un enfant ensemble, travaillent à temps plein. 

Elsa – Nous avons une répartition presque territoriale des tâches. Cuisine pour lui, linge pour moi, et une aide ménagère pour le nettoyage. Question charge mentale, c’est équilibré. Olivier revendique un rôle de père impliqué. La charge mentale est pour moi avant tout sociale: quand je suis entrée dans l’entourage d’Olivier, du jour au lendemain, j’aurais dû tout savoir de sa fille, ce qu’elle préférait manger, etc., dans cette idée que la figure maternelle “sait” de façon innée. J’ai trouvé ça rapide et oppressant. Quand je travaille en soirée, on me demande: “Comment fais-tu avec les enfants?” Pose-t-on cette question aux hommes? 


Catherine & Simon

Catherine, 30 ans, et Simon, 31 ans, en couple depuis cinq ans, travaillent  tous les deux à temps plein.

Catherine – J’ai tendance à prendre tout en main… Je préfère. C’est moi qui gère le compte commun. J’ai du mal à déléguer. La charge mentale me pèse un peu, je me dis que c’est du temps que je pourrais consacrer à autre chose, mais je cogite tout le temps, parce que je veux que les choses soient bien faites. 

Simon – Je ne fais pas grand-chose. Catherine passe toujours derrière moi, ce que je fais n’est jamais assez bien. Mon père ne faisait rien non plus. La vaisselle, de temps en temps… Mais le nettoyage me rebute. Je ne nettoie pas aussi bien qu’elle. Ça ne me dérangerait pas de mettre plus la main à la pâte.


Sophie & Dan

Sophie, 37 ans, et Dan, 48 ans, en couple depuis dix-huit ans, deux enfants, travaillent en 4/5 et à temps plein.

Sophie – J’ai fait un burn out, on a tout réorganisé. Avant, je faisais tout. Nous avons maintenant un planning impliquant parents et enfants: repas, aspirateur, vaisselle, mise au lit, trajets… Pour les rendez-vous médicaux, activités extrascolaires, anniversaires, etc., il faut que j’amène le sujet, Dan n’y penserait pas tout seul. C’est énervant. Mais je le laisse désormais se confronter aux conséquences.

Dan – Au début, c’était déstabilisant. On était chacun spécialisé dans nos tâches et elles s’effectuaient rapidement. Pour moi: mise au lit, bain, vaisselle et raconter une histoire… J’ai compris que Sophie en avait marre. Ce n’est pas évident de penser à deux aux mêmes choses, il faut se coordonner sinon on se marche sur les pieds. C’est une question de dialogue. Mais il faut que l’effort aille dans les deux sens, et accepter que je fasse les choses à ma manière.


François & Sandrine

François, 31 ans, et Sandrine, 44 ans, en couple depuis un an, travaillent tous les deux à temps plein.

François – Quand j’ai emménagé dans l’appartement de Sandrine, je ne prenais pas d’initiative, me sentant davantage chez elle que chez nous. On en a assez vite discuté, parce que concernés tous les deux par les questions d’égalité. J’ai été éduqué à participer au fonctionnement commun. À propos de la charge mentale, Sandrine disait qu’elle avait l’impression d’en faire beaucoup et d’un sentiment de manque de respect de ma part. J’ai réfléchi à comment Sandrine fonctionnait et déconstruit certains de mes schémas. Aujourd’hui, j’en fais plus concrètement, mais ma charge mentale a diminué: tout est clair. Je reste un homme dans une société patriarcale, il y a des choses auxquelles je ne fais pas attention; ça a été le fil rouge de nos disputes, qui m’ont ouvert les yeux.

Sandrine – Chacun est en charge de tout, et fait en fonction du temps qu’il a effectivement. Nous n’avons pas de tâches assignées. Ça rend donc les choses plus faciles à vivre. On se parle de tout, c’est fluide, et personne ne se décharge sur l’autre de ce qui doit être fait. On fait un maximum ensemble, ça renforce nos liens. Ça a été dur d’en arriver là. Je n’ai lâché sur rien, pas une seule fois. La bande dessinée d’Emma a été un déclic: François faisait beaucoup mais ne prenait pas en charge. Aujourd’hui, tout va bien. 


Denis & Sabine

Denis, 50 ans, et Sabine,  33 ans, en couple depuis dix ans, un enfant, travaillent à mi-temps et à temps plein.

Denis – Je ne me suis jamais posé la question de la répartition. Sabine en a toujours fait plus que moi. Je fais pas mal de choses, mais je crois qu’on a tous les deux l’impression qu’on en fait plus qu’à notre tour. Quand elle voyage, c’est évidemment moi qui suis en charge de notre fille. À propos de la charge mentale, j’ai l’impression que c’est équilibré. En général, je crois que je suis plus paresseux, en tout cas moins proactif, mais quand je suis à la maison, j’aime bien faire la vaisselle, passer l’aspirateur. 

Sabine – On s’organise selon celui qui a le temps et/ou le courage. Si aucun de nous n’en a, je nous botte les fesses. Je proteste de temps en temps car je ne suis pas la coordinatrice de la bouffe. Je n’aime pas et je ne veux pas de ce rôle. Après la naissance de notre fille, pour éviter les conflits, et protéger le temps de Denis avec elle, nous avons fait appel à une aide ménagère. 

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Moustique du 1er novembre 2017 - Cover ©Moustique

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