L’Europe reporte (encore) le vote sur le glyphosate

Malgré un appel du pied des Eurodéputés mardi, les Etats-membres de l'UE n'ont pas su décider s'il était de bonne augure de prolonger la licence autorisant le glyphosate. Le vote a été reporté à une "date ultérieure". 

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Marie-Monique Robin, auteure du « Roundup face à ses juges », nous racontait ce mercredi dans notre édition payante craindre une « crise institutionnelle » à cause du débat sur l’interdiction ou non des herbicides à base de glyphosate. La décision ce matin des Etats-membres de l’UE de repousser le vote montre que ses inquiètudes n’étaient pas infondées. Car le temps presse. Ils avaient déjà repoussé leurs responsabilités au début du mois d’octobre et ils doivent impérativement se prononcer avant le 15 décembre, date d’expiration de la licence du glyphosate en Europe… La date du report n’a toutefois pas été annoncée. 

L’appel des Europdéputés était pourtant clair. Ce mardi, ils ont adopté une résolution (355 pour, 204 contre, 11 abstentions) demandant l’interdiction progressive des herbicides à base de glyphosate en cinq ans dans les usages non-professionnels. Ce qui est déjà le cas tant en Wallonie qu’à Bruxelles même si la loi n’interdit pas leur commercialisation. La Belgique a par ailleurs annoncé son opposition au projet de renouvellement. Le hic est que cette résolution parlementaire n’a aucune valeur contraignante. Les Etats-membres pourront donc suivre cette tendance ou, au contraire, n’y prêter aucune attention et accepter la proposition de la Commission européenne de renouveler pour dix ans l’homologation de la molécule.

Qu’est-ce qu’on risque?

Les enjeux sont particulièrement importants. Avec 800.000 tonnes de Roundup & Cie utilisées l’an dernier, les herbicides de glyphosate sont devenus les pesticides les plus populaires au monde. Où est le problème? Comme le défend la journaliste française Marie-Monique Robin dans sa nouvelle enquête « Le Roundup face à ses juges », le produit s’avèrerait particulièrement néfaste pour la santé humaine. Il serait non seulement cancérigène, mais aussi à l’origine de malformations chez les nouveau-nés, de maladies mortelles des reins et du foie et de dérèglements du système hormonal. Sous l’expertise de spécialistes reconnus, l’auteure note également des cas d’autisme et de maladies neurodégénératives comme la Parkinson et Alzheimer. Et cela ne serait pas l’affaire de quelques-uns. Comme l’a prouvé l’ASBL Générations futures en France, 100 % des personnes testées seraient contaminées.

Pourquoi tout le monde ne soutient pas l’interdiction?

Pour autant, rien n’est encore décidé pour au moins deux raisons. D’abord, les études disent tout et son contraire. Celles de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), notamment, minimisent les risques lorsque la consommation est ordinaire. Or l’agence a justement été créée pour rétablir la confiance entre les consommateurs et les instances sanitaires. Interdire la substance reviendrait à admettre ses erreurs et à remettre en question l’inoffensivité de milliers d’autres produits. Ensuite, l’impact économique serait considérable puisque 85 % des OGM dans le monde contiendraient du glyphosate. C’est pourquoi les lobbys industriels menés par Monsanto appuient leurs pressions. Le débat est donc particulièrement houleux. 

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Moustique du 25 octobre 2017 - cover ©Moustique

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