Ryanair annonce de nouvelles annulations

Après la fuite massive de ses pilotes, Ryanair suspend 34 liaisons. Entre septembre et mars, près de 710.000 clients seront affectés. Le low cost «social» signera-t-il la fin de la compagnie? 

Ryanair annonce de nouvelles annulations jusqu'à mars 2018. © BelgaImage

C’est une gifle dans la gueule de la nouvelle économie. Celle du dumping social et de l’évasion fiscale. Celle de la protection sociale low cost. Michael O’Leary, boss emblématique de Ryanair, a beau marteler que “les poules auront des dents” quand un syndicat entrera dans sa société, il fait bien aujourd’hui face à un solide conflit social. Un bras de fer forgé dans l’annulation de quelque 2.100 vols par la première compagnie européenne et sa communication pour le moins protocolaire. Car les raisons invoquées par Ryanair pour justifier ce couac historique – les conditions climatiques en Italie, les grèves des contrôleurs français et allemands, les records de fréquentation de cet été, la nécessité d’optimiser la ponctualité des vols – ont peine à en masquer la véritable cause: la désertion massive de ses cockpits.

Des contrats plus conformes

Selon la presse irlandaise, 700 pilotes auraient déjà quitté le navire en 2017. Dont une bonne partie débauchée par la très agressive compagnie low cost Norwegian. Mais ce qui a visiblement fait bugger la gestion des ressources humaines est la mise en conformité de la législation aérienne irlandaise avec le droit européen. Lequel restreint notamment les temps de vol des pilotes à 900 heures par an et oblige à calquer les vacances du personnel sur l’année civile. Alors que Ryanair décalait le début de son calendrier au 1er avril afin de s’assurer que les pilotes aient encore suffisamment d’heures de vol pour le rush estival. Un premier pas vers la conformité qui a presque à lui seul ébranlé tout un système. Et la majorité des 4.000 pilotes de la compagnie a bien l’intention d’asséner les derniers coups nécessaires à son effondrement. Face aux montants à cinq chiffres proposés par O’Leary aux pilotes en congé, ceux-ci lui ont répondu par un ultimatum. Dans une lettre que nous avons pu consulter, les représentants des pilotes de 55 bases européennes de Ryanair, dont Bruxelles-Zaventem et Charleroi, exigent notamment des contrats locaux et non plus irlandais, conformes aux lois et aux droits des pays où ils travaillent. Ce que vient encore de rappeler la Cour de justice européenne. Un ultimatum balayé d’un revers de la main par Michael O’Leary.

Siège éjectable?

Reste que certains pilotes sont sur le départ et n’ont donc plus rien à perdre. Malgré les promesses de Ryanair – le recrutement de 600 pilotes dans les prochains mois – et ses menaces – les forcer à voler durant leurs congés et ne pas accorder de bonus à ceux “qui se comportent mal” -, le personnel navigant entame à présent une grève du zèle. Laquelle devrait occasionner de nouveaux retards. Au mieux. Mais reste à savoir si ces employés et ces nombreux freelances auront les épaules assez larges pour défier O’Leary et son empire non syndiqué. Ex-pilote de Ryanair, le commandant de bord Jim Atkinson vient d’ailleurs de leur conseiller de mettre sur pied une “War Room” secrète en établissant une carte des bases amies ou ennemies. Et d’asséner: “Ce mercredi était le dernier jour où vous n’avez pas le pouvoir chez Ryanair”.

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