On a visité la dernière dictature d’Europe

Entre les bustes de Lénine et une jeunesse avide de libertés, la Biélorussie tente timidement de sortir de sa bulle. Cap sur cet État totalitaire situé à 2h30 de vol à peine de Charleroi.

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Des cités-dortoirs sous les grues, des noms de villes en cyrillique, des képis aussi discrets qu’un bataillon d’infanterie, et, sur l’autoroute, une immense pancarte à l’effigie de Bachar Al Assad… Quarante minutes séparent l’aéroport de Minsk de la capitale, mais quelques secondes, à peine, suffisent pour s’en rendre compte: l’ancienne république socialiste soviétique, indépendante depuis 1991, vit encore à l’heure de Moscou. Malgré le nouveau décret qui autorise, depuis février, des séjours sans visa, le pays de l’ex-bloc soviétique est le moins visité d’Europe. Et pour les 100.000 touristes qui, chaque année, arrivent par l’aéroport de Minsk, la première impression peut choquer. Entrer en   Biélorussie, c’est faire une marche arrière de trente ans. Et les nombreux anachronismes, comme le McDonald’s de la rue Lénine ou les boutiques    Chanel du centre-ville, n’y changent rien. Partout, à Minsk, on trouve les traces ubuesques d’un pays qui hésite entre soviétisme suranné, inertie et ouverture sur l’Occident. 
À l’arrivée dans la capitale, c’est d’abord le silence qui surprend. Pas d’éclats de rire, pas de foule animée. Les rues, à quatre bandes, sont bordées d’imposants immeubles staliniens et portent encore des souvenirs de l’époque communiste: rue Lénine, place de la Victoire, rue Marx, station Prolétaires… Alexandre Lukachenko, au pouvoir depuis 23 ans, partage avec Staline la même moustache épaisse, une certaine aversion pour les droits de l’homme et un goût prononcé pour les fastes de l’architecture. À l’Est, démolir est une vieille habitude et Minsk a pris des allures de cité soviétique idéale: des façades bourgeoises dissimulant des arrière-cours prolétariennes le long de larges avenues tracées au cordeau, puis, tous azimuts, un interminable défilé de blocs.

Un monde sans H&M

La faucille, le marteau et l’étoile sont présents sur la plupart des immeubles de l’avenue de l’Indépendance, artère principale de la capitale, qui s’étire sur 15 kilomètres. Sur les façades de l’université, dans les dorures du Bolchoï, et même sur les murs du toujours très actif bureau du KGB. Seule exception: la très moderne Bibliothèque nationale, dont le contour en forme de diamant noir se profile comme une étoile de la mort. Avec, sur son fronton, une inscription: “Le savoir est le joyau du peuple”. Septante-deux mètres de haut, 200 m de diamètre et 100.000 m2 de superficie… L’édifice à 300 millions de dollars a notamment été financé par la Chine et l’Irak de Saddam Hussein. Le soir, ce sont des centaines de LED qui illuminent les facettes du diamant. Et dans l’obscurité, l’étoile de la mort devient la boule à facettes la plus kitsch d’Europe.

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