24 heures au parc Maximilien

C’est ici que les rescapés de la Méditerranée s’entassent, les yeux hagards, le visage éteint, les traits tirés. Pendant qu’ils rêvent d’Angleterre, ils dérangent le voisinage et embarrassent les autorités. Alors, à défaut de régler le problème, on l’évacue.

Olivier Pirard

Il veut bien parler. Mais à l’écart. Il déballe un sac de couchage, le plie en deux, le pose sur l’herbe et puis s’assied à côté. “Venez, c’est mon hôtel.” Youssef vient du Soudan. Son anglais est très approximatif. Alors il parle avec ses yeux, ses mains, trace des croix et des chiffres sur un papier pour tenter d’expliquer. “Je veux juste dormir ici, sur l’herbe. Pourquoi je ne peux pas?” Il parle des rafles, des policiers, de la peur qui lui serre le ventre et le cœur. “Ils viennent, on part, ils partent, on revient. C’est Tom et Jerry.” Il sourit sans joie. Il craint de mourir de froid un jour. Il mime le corps qui s’engourdit et ne se réveille jamais. Il souffle “UK” avec des étoiles dans les yeux. C’est là qu’il veut aller parce que là il ne faut pas de papiers, croit-il. Il montre ses pouces. En Grande-Bretagne, Youssef échapperait au contrôle de l’empreinte digitale et donc, en principe, au refoulement. Il rêve d’un hamburger. Il rit. Il répète: “Inch’Allah”. Il n’a plus aucun habit de rechange. Youssef regarde le ciel. La nuit promet d’être longue, entre le parc et la gare du Nord. Il promet d’être à la même place le lendemain. On ne le reverra jamais. 

Ils viennent de la corne de l’Afrique. Ils sont 400, peut-être plus, 500 selon les ONG. Dans le parc Maximilien, en plein cœur de Bruxelles, les poubelles débordent. Des habits sont pendus aux arbres, aux clôtures, jonchent le sol. Des cartons traînent un peu partout. Un groupe joue au foot. Un homme déroule un petit tapis et s’agenouille pour faire ses prières. À ces hommes et ces quelques femmes, il ne reste que la force d’une conviction, celle que leur voyage doit se poursuivre vers la Grande-Bretagne. Ils ne savent pas, ils ne comprennent pas, ils ont peur. “Ce sont 500 personnes qui ne rentrent dans aucune case administrative”, soupire Medhi Kassou, responsable de la plate-forme citoyenne de soutien aux réfugiés. “Ils veulent aller en Grande-Bretagne, mais c’est souvent le résultat d’une désinformation. En attendant, on essaie juste de répondre de manière humaine à ce qui se passe”, ajoute le bénévole qui passe presque tous les jours au parc.

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