Robin Campillo: « Il faut redonner un souffle politique à l’épidémie »

Film choc, 120 battements par minute explore les heures les plus sombres de l’épidémie du sida et suit le travail - sans pitié - de l’association Act Up pointant du doigt ses complices. L’occasion de rappeler que la maladie est toujours là. Mais aussi que les séropositifs vivent mieux.

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Faire l’événement à Cannes, c’est bien. Faire l’événement dans les salles, ce serait mieux. Il faut voir 120 BPM (battements par minute) – Grand Prix du jury au dernier Festival de Cannes – pour comprendre que le calme apparent qui règne sur l’épidémie du sida actuellement vient d’une immense et tonitruante colère. Il faut voir 120 BPM pour comprendre que les mécanismes de la contestation et de la solidarité sont, dans tous les cas, salvateurs.

Le film nous reconduit à la période la plus catastrophique de l’histoire du sida. Une maladie que l’on a cru être l’affaire d’une communauté- homosexuelle – dont les membres tombaient comme des mouches dans une indifférence telle qu’elle semblait prouver le poids dérisoire de leur vie. 120 BPM raconte comment Act Up, association militante radicale au style carnassier, a forcé les barrages du silence politique, avec pour mission la dénonciation du cynisme des laboratoires de recherche et l’inertie du gouvernement français face à l’ampleur du “problème sanitaire”. Nous sommes en 1990. L’État mesure si peu la gravité  de l’épidémie qu’il laisse dans le circuit des lots    de sang contaminé injectés à des hémophiles qui contracteront le virus…

Membre d’Act Up jusqu’à ce que le cinéma (“une autre forme d’action”, dit-il) l’accapare, Robin Campillo livre un hommage à ces combattants de l’hypocrisie à qui l’on reproche souvent d’avoir agi avec brutalité. Une violence justifiée par les militants car elle aurait cette vertu de frapper les esprits et de rendre visible la violence de la maladie.120 BPM est un film bouleversant où les histoires personnelles se fondent et se confondent à l’histoire collective. Dans les réunions d’Act Up (parfois très agressives) où se décident slogans provocateurs (“Silence = Mort”, “Des molécules pour qu’on s’encule”, “Danser = Vivre”…) et actions (interventions au siège de sociétés pharmaceutiques, interruptions de conférences, manifestations au ministère de la Santé…), on fait la connaissance de Sean et Nathan. Les deux s’aimeront, mais l’un accompagnera l’autre dans la mort. Si, grâce à la trithérapie (lire p. 19), l’issue fatale n’est plus vraiment à l’horizon des séropositifs d’aujourd’hui, 120 BPM n’est malheureusement pas encore tout à fait un film d’époque…

À l’issue de l’avant-première de votre film, Act Up a publié un communiqué qui dit: “Depuis vingt ans, on ne fait que gérer l’épidémie, il est enfin temps d’éradiquer ce virus qui pourrit nos vies”. Avez-vous aussi voulu tourner 120 BPM pour montrer que le sida est toujours là?

ROBIN CAMPILLO – Il était possible de faire ce film parce que nous sommes dans un autre moment de l’épidémie. Dans une phase où on a besoin de redonner un souffle politique à l’épidémie. Il y a sans doute moyen de l’éradiquer, mais nous traversons une période où il faut redonner ce souffle politique aux gens car on ne fait pas de la politique uniquement avec des hommes politiques. On fait de la politique avec les gens. Les gens qui produisent de la parole. Le film a été montré à la récente Conférence sur le sida à Paris et j’ai senti qu’il y avait moyen de relancer la lutte autour de l’épidémie. Si le film peut contribuer à ça, tant mieux.

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