On a testé la méditation

Hier cantonnée au contexte religieux, voire sectaire, la méditation est sortie de son écrin d’Orient. Et séduit de plus en plus de Belges. Mode ou thérapie?

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Ils sont une vingtaine, assis, serrés les uns contre les autres, dans une salle sans fenêtre. Ils ont payé 15 euros, beaucoup sont venus à pied ou à vélo. Le parc du Cinquantenaire, à Bruxelles, est à deux pas, mais ils vont rester là toute la journée ou presque à écouter passionnément un drôle de petit bonhomme. Ce type en chaussettes, les yeux écarquillés derrière ses lunettes rondes, n’est pas un bonze, ni même un croyant, mais l’un de ces mentors, de ces professeurs de bonheur – devenus ordinaires – qui exhortent leurs contemporains à être présents à eux-mêmes pour redonner du sens à leurs vies.

Près de lui, sur une table, un bol en métal et un verre à pied. Quelques instructions techniques sur la posture, le regard et le souffle. Surtout, recommande-t-il, «laissez les pensées traverser l’esprit, ne restez pas dans le contrôle. N’essayez pas de vous concentrer, n’essayer pas de vous relaxer, n’intellectualisez rien…» La méditation pratiquée dans un but précis – être efficace, attentif, sage, détendu, calme… – serait d’ailleurs un affreux contresens: on n’accède au contraire à la joie pure de se sentir vivant qu’en acceptant, selon le maître, de s’affranchir des règles, des objectifs, de se libérer des injonctions, de se… foutre la paix.

Ça a l’air simple, et évidemment ça ne l’est pas. Sans activité, sans contrainte, les minutes s’étirent, lentes et vertigineuses; on est un peu perdu. Et puis le fou rire guette en songeant à cette assemblée inconfortablement assise qui s’est délestée de quelques euros pour le plaisir absurde de «ne rien faire» ensemble… Un participant lève la main: «C’est normal d’avoir mal au dos?» Une voisine d’infortune demande: «Et d’avoir envie de dormir?»… Réponse patiente du maître: «Ne cherchez pas à suivre de consignes. Ne faites rien, c’est tout. Vous verrez ce qu’il adviendra…»

Alors, on tente le coup. On s’élance dans son corps. Le monde entier finit par se taire. Respirations, quintes de toux, klaxons lointains. On cligne des yeux. Suis-je vraiment présent? On sent la pièce, la chaleur de son corps, et plus loin la ville, et l’univers entier. En moi, la petite voix qui se moquait s’est tue. Un faisceau de lumière descend d’une lampe dans mon œil gauche. Impossible de le chasser sans changer de position. Au début, c’est comme une démangeaison qu’on laisse s’irriter. Très exactement, cette lumière n’est pas entre moi et la lampe, mais à l’intérieur de ma rétine. On franchit avec elle la frontière de son corps. Et revient à soi brusquement: le maître a frappé le métal du bol. Ding. Vingt minutes viennent de passer, sans que l’on ait senti passer le temps. Mais lampe allumée ou pas, tout semble un peu plus clair. Ici et maintenant.

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