Quand les parents buggent

Ils surexposent leurs kids sur Facebook, les transforment en enfants-sandwichs, les humilient sur YouTube. Mais qu’est-ce qui déraille dans ces familles connectées? 

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La vidéo a fait le tour du monde. À la tête d’une famille recomposée de cinq enfants, Mike et Heather diffusent régulièrement des “pranks” sur leur chaîne YouTube. Soit des canulars destinés à surprendre, voire à ridiculiser leurs enfants. Et le dernier en date a tout d’une (très) mauvaise blague. On y voit notamment la maman, morte de rire, asperger la moquette domestique d’encre effaçable et accuser ensuite Cody, leur fils âgé de 9 ans. Vertement. “Ramène ton p… de cul ici!” Et le petit garçon de démentir, en pleurs. “Je n’ai pas fait ça, je jure devant Dieu que je n’ai pas fait ça!” Mais les parents insistent et continuent à gronder leur enfant. Avant de lui révéler la supercherie tandis qu’il s’effondre aux côtés de son frère, également en larmes. Affligeant. À tel point que le couple américain vient de perdre la garde de deux de leurs enfants.

Malgré le carton de leur dernière production – plus de 2 millions de vues – et leur mea-culpa publié ensuite sur YouTube. “Ce type de comportement est doublement problématique, décrypte Cindy Mottrie, docteur en psychologie à l’unité de psychologie du développement et de la famille de l’ULB. Ces parents abusent d’abord de leur pouvoir pour susciter de la peur et de la culpabilité chez un enfant. Et dans un objectif de plaisir en plus! Ils pervertissent, renversent leur rôle. Au lieu d’accompagner leur enfant dans sa découverte du monde, de le protéger et de l’encadrer, ils le coincent dans un scénario qui brouille complètement la réalité. Ils accusent leur enfant d’un fait qu’ils ont sciemment commis. De telles actions risquent de rendre fou!” 

Une perte instantanée de repères qui risque en effet d’engendrer de très lourdes conséquences. “C’est particulièrement traumatisant car l’enfant va vivre dans une insécurité permanente. Qu’est-ce qui va m’arriver? Sur qui vais-je pouvoir m’appuyer? Qui va être en mesure de valider les émotions que je viens de vivre? Cela peut avoir des conséquences désastreuses sur le développement psychoaffectif de l’enfant.” Sans compter que cette “farce” est diffusée sur le Net. “Il y a donc une certaine fierté à le faire.” Reste qu’on fait tous des blagues à ses enfants, non? On se cache derrière une porte et on les saisit. “Si c’est fait avec bienveillance, l’enfant risque même d’en redemander en suscitant une partie de cache-cache ou en demandant de l’attraper. Ici, en revanche, on joue sur leurs émotions de manière malveillante. C’est de l’humiliation, de la maltraitance. Les parents n’affichent aucun remords et exposent le tout sur la place publique. C’est pathologique. L’intervention des services sociaux me semble, dans cet exemple, tout à fait justifiée.”

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