L’hégémonie du diesel en Europe touche-t-elle à sa fin?

Particules de suie noire cancérigènes, entretien coûteux, image dégradée… Le diesel voit sa cote d’amour baisser au profit de l’essence et des hybrides. 

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Il faudra des années pour que le parc automobile roulant en Belgique soit majoritairement composé de véhicules hybrides ou de voitures électriques. Mais d’année en année, l’hégémonie du diesel se tasse. Selon les statistiques disponibles auprès de la FEBIAC (l’association des constructeurs) et du SPF Mobilité et Transport, à la fin 2016, les motorisations diesel chutaient de 59,9 (2015) à 52 % de parts de marché, contre un peu moins de 80 % dix ans plus tôt… Tandis que l’essence gagne du terrain. Symboliquement, la ligne médiane a été franchie pour la première fois en janvier. Sur les deux premiers mois de 2017, la majorité de véhicules neufs immatriculés étaient des véhicules à l’essence. «Au niveau de la consommation, il y a moins de différences qu’auparavant entre l’essence et le diesel. La différence à la pompe n’est plus aussi significative qu’auparavant, explique Axel Coussemant, professeur au département Aero-Thermo-Mechanics (ATM) de l’ULB.

Les autres types de carburants franchissent pour la première fois la barre des 3 % en Belgique (3,9 %). Ainsi, 20.623 véhicules hybrides, électriques ou au gaz ont été immatriculés en Belgique en 2016, principalement en Flandre qui en a immatriculé 15.355 (4,9% du nombre total d’immatriculations dans la région) contre 2.790 en Wallonie (1,8%) et 2.478 à Bruxelles (3,3%). Une tendance de fond qui arrive néanmoins un peu tard, compte tenu d’une politique des pouvoirs publics résolument favorable au diesel depuis quarante ans. En Europe, toute la période des années 90 et la première décennie des années 2000 furent culturellement «dieselisées». Des États comme la Belgique et la France ont artificiellement dopé les ventes de diesel pour atteindre un pic de 78,9 % de voitures neuves au diesel, en Belgique, en 2008. «Nos aides fiscales (bonus, taxe sur les véhicules de société, etc.) reposent sur les émissions de CO2 (qui n’est pas à proprement parler un «polluant»). Or, techniquement et à puissance équivalente, une motorisation diesel émet moins de CO2 que celle fonctionnant à l’essence. Les clients se sont donc laissé séduire», explique Axel Coussemant.

Jusqu’en 2011 et la fin des primes CO2. Avec un désamour encore plus marqué en 2012, où les ventes de diesel ont subitement chuté sous les 70 %. En cause: le classement comme «cancérigène certain» du gas-oil par l’OMS, la même année. Ailleurs en Europe, le diesel n’est plus majoritaire dans les ventes de voitures neuves depuis 2016. Selon l’Association européenne des constructeurs automobiles (Acea), la technologie ne pèse que 40 % du marché en Allemagne; en Espagne, elle vient de passer sous les 50 %; en France, elle est également dépassée par l’essence… A part trois pays, à savoir l’Irlande (70 %), le Luxembourg, et le Portugal (65 %), le replis semble généralisé. Or les principaux marchés automobiles mondiaux n’ont jamais eu d’appétence marquée pour le diesel. Aux USA, en Chine et en Russie, par exemple, 99 % des véhicules particuliers carburent à l’essence et d’autres technologies.

Bientôt interdit dans les villes

Les moteurs diesel seraient-ils assiégés? Pour le plus grand nombre des constructeurs, le problème ne se poserait même plus. Volkswagen ne produira plus de véhicules au gas-oil à partir de 2025. Volvo, qui souhaite plutôt se concentrer sur l’électrification de ses véhicules, pourrait se désengager du diesel à partir de 2023. Certains prédisent même la marginalisation définitive de la technologie, comme les analystes d’UBS, qui voient le diesel ne peser que 10 % des ventes européennes en 2025. En parallèle, l’ensemble des pays ont durci leurs politiques de soutien. En Europe, la plupart des gouvernements – sauf le nôtre – généralisent les incitations à destination des voitures électriques, tandis que les villes (Londres, Paris, Oslo, Barcelone…) affichent leur volonté de restreindre l’accès aux véhicules les plus polluants.

La maire de Paris, qui préside le réseau mondial de grandes villes C40 Cities, a fait le pari d’éradiquer le diesel dans la capitale française à l’horizon 2020. Anvers a, pour sa part, interdit les voitures diesel sans filtre à particules. Bruxelles interdira progressivement les voitures diesel de la catégorie Euro 0 et 1 (immatriculées avant 1997), dès 2018. Puis les voitures diesel Euro3 (2001-2005) à partir de 2020. En 2025, seules les autos diesel aux normes Euro 6, immatriculées à partir de septembre 2015, seront autorisées dans la capitale. La Wallonie va dans le même sens. Alors que le diesel est avant tout une technologie européenne, c’est son avenir économique qui se joue. Mais par essence, si l’on peut dire, la motorisation diesel n’a de sens que sur les trajets longs, autoroutiers de préférence. Et certainement pas dans l’espace urbain.

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