Soeurs de Bouillon: la face-à-face maître Paul Muylaert-Don Armand

Mars 2017 ! La fermeture est prononcée par l'ordre cistercien de la stricte observance (trappiste).  Mais que s'est-il vraiment passé entre les murs de l'Abbaye? Parmi les protagonistes, deux figures retiennent l'attention. Le face-à-face : l'avocat Maître Paul Muylaert et Don Armand, abbé de la Trappe de Scourmont, représentant de l' ordre cistercien de la stricte observance en Belgique. Enquête à lire dans Moustique cette semaine.

 

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Le communiqué qui annonce la fermeture de l’Abbaye de Clairefontaine est sans appel. . « Après de nombreux échanges et consultations, la Congrégation romaine responsable des communautés religieuses (CIVCSVA) est arrivée à la conclusion qu’une vie communautaire conforme aux Constitutions de l’Ordre n’est plus possible à l’abbaye de Clairefontaine. » Mais que s’est-il passé entre les soeurs? L’avis de Maître Paul Muylaert et de Don Armand, abbé de la Trappe de Scourmont (Chimay).

Paul Muylaert

Face à cette situation très particulière, un ami chrétien qui est avocat a proposé son aide aux sœurs, Maître Paul Muylaert du barreau de Bruxelles : « Sept soeurs m’ont consulté. Elles m’ont donné mandat pour les assister face à la décision de fermeture. »

Comment vont les sœurs ?

« La situation est devenue tellement particulière que « les soeurs ont peur » et en plus « elles ont l’habitude de vivre dans un certain silence et loin des médias» …qui ne favorise pas l’écoute de leur parole. Aujourd’hui il faut adapter l’obéissance , il faut une obéissance librement observée.

Sont-elles soutenues ?

« Les soeurs qui restent actuellement dans l’abbaye peuvent compter sur un soutien et une sympathie extraordinaire de la part des doyens, des vicaires, des religieux de Bouillon et des environs, mais aussi d’autres religieux à Namur, en Belgique et en France qui s’étonnent d’une telle situation. Chaque jour, je reçois du courrier. J’ai fait des démarches auprès des nonces apostoliques qui se sont succéder pour les sensibiliser à la question. J’ai même consulté un confrère spécialiste en droit canon pour la suite du dossier. »

En route vers le tribunal civil ?

« Je refuse de parler d’une action devant un tribunal civil. Mais on pourrait dans ce dossier évoquer la non-assistance à personne en danger. Nous pourrions aussi aller devant le tribunal civil pour harcèlement. Parmi les témoignages récoltés, certains « n’hésitent pas à parler de faux motifs de fermeture. Même l’évêque de Namur, Monseigneur Van Coptem, a dit qu’il n’avait pas été informé de la décision de fermeture. Cela pose question et cela étaie la thèse d’un geste qui a été fait d’autorité. »

Vous dites qu’il est impossible de mettre les soeurs dehors ?

« L’acte posé par les autorités religieuses envers les soeurs est irréalisable concrètement. En effet, il y a une asbl qui est propriétaire des lieux : L’asbl de l’abbaye de Clairefontaine. Elle possède le bâtiment, un espace de 70 ha, de l’hôtellerie, le magasin…On ne peut donc pas mettre les soeurs dehors comme cela. Les soeurs ont prêté voeux de stabilité. Elles bénéficient d’un droit d’occupation. »

Aucun espoir dans cette affaire ?

« La situation n’est pas perdue : La Mère claustral qui est là pour fermer l’abbaye et le Père Gérard se rendent compte sur le terrain que la Communauté vit bien. Ils perçoivent qu’il y a une obstruction à la vérité. La mère Anne-Marie qui a été déplacée en France, va enfin pouvoir rentrer. Les soeurs restantes demandent son retour depuis longtemps. Par ailleurs, une novice, soeur Marie-Marcelle, qui a été déplacée en France à la Chartreuse, aspire à revenir à l’Abbaye. Elle espère alors qu’elle pourrait prêter enfin ses voeux. »

 

 

 

Don Armand

De son côté, l’ ordre cistercien de la stricte observance (Trappiste) dit avoir tout essayé comme le rappelle Dom Armand Veilleux, abbé de la Trappe de Scourmont (Chimay) : « Depuis de nombreuses années, l’Ordre Cistercien et le Saint Siège ont proposé des mesures pour améliorer la situation. Mais elles n’ont malheureusement pas produit les fruits espérés. La décision, si pénible soit-elle, a pour but de trouver pour chaque sœur un cadre où elle pourra vivre sereinement son engagement monastique. Par respect pour les sœurs il est demandé à la presse de ne pas les solliciter. » Il répond à toutes les critiques ou rumeurs sur ce dossier :

Qui a voulu fermer ?

«La décision a été imposée par le Saint-Siège. Il a constaté un refus constant d’une partie de la communauté de se conformer et d’obéir à l’autorité. Cela est dû en partie aux fortes tensions et aux influences venues de l’extérieur.»

Que pensez-vous de leur volonté de prendre un avocat ?

«Leur avocat est un homme de bonne volonté qui a voulu aider les sœurs dans un moment difficile. Après toutefois, il a encouragé certaines à se rebeller.  Une communauté, c’est comme une famille, il y a des tensions même si tout le monde se veut de bonne volonté. Mais je le répète, il n’y a rien d’illégal dans le processus qui se tient à l’abbaye depuis trois ans. La Communauté des sœurs ne se limite pas à 6 sœurs. Il s’agit d’une personne morale. On pourrait donc accuser l’avocat de fausse représentation.»

Y a-t-il eu élection ou pas ?

«Il y a eu des tensions avant la fin du mandat entre les sœurs ce qui a compromis la tenue de l’élection. L’abbé d’Orval n’a pas empêché d’élections parce qu’elle n’a pas eu lieu. »

Avez-vous mis une sœur dehors ?

« Nous n’avons pas jeté dehors Mère Anne-Marie. Elle a préféré se rendre chez sa mère alors qu’on lui avait conseillé de se rendre dans un autre monastère. Elle a finalement pris la direction d’un monastère dans un second temps. Avant Noël, Don Lode l’a rencontrée pour qu’elle revienne à l’abbaye, elle a refusé. A présent, elle est de passage à l’abbaye. »

Vous avez dû faire face à des accusations de machisme ?

« Il n’y a aucun machisme dans ce dossier. Depuis trois ans, il y a eu plus de femmes que d’hommes qui ont participé à la gestion de cette crise. Même pour la visite de l’abbé général, un Irlandais très expérimenté, il était accompagné d’une abbesse française, Mère Marie-Rose possédant, elle aussi, une longue expérience.»

Êtes-vous juge et partie dans ce dossier ?

« La commission qui assurait le suivi n’était pas juge et partie puisqu’elle n’avait pas de pouvoir de décision finale. Elle a été imposée par le Saint-Siège »
Vous avez un espoir ? « Nous espérons que la quiétude reviendra à l’Abbaye et qu’une vie monastique pourra reprendre dans de bonnes conditions. »

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