Le Belge qui faisait peur à Marlboro

Après 40 ans de lutte contre les cigarettiers, le lanceur d’alertes Luk Joossens tire sa révérence. Et tire à boulets rouges sur nos politiques enfumés par les lobbys.

Luk Joossens ©Frank Bahnmuller

Il était l’homme à abattre. Cité plus de 1.500 fois dans les documents internes de l’industrie du tabac, le Belge Luk Joossens a rempli des missions d’expert auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou de la Fondation contre le cancer. Après 40 années de combat acharné contre les cigarettiers, il publie La guerre du tabac en Belgique et en profite pour régler quelques derniers comptes. Un bilan sans concession sur un pays, hier fer de lance de la lutte contre le tabac, qui fait aujourd’hui figure de larbin de l’industrie.

Premier pays de l’Union à bannir le tabac dans les lieux publics, la Belgique pointe aujourd’hui à la 19ème place – avec une note de 49/100 – de la classe européenne. Comment expliquer une telle régression ?

LUK JOOSSENS – On a bien eu quelques ministres dynamiques comme Rudy Demotte, par exemple, qui avait un vrai plan antitabac, a fait apposer ces photos sur les paquets de cigarettes et a introduit l’interdiction de fumer dans les restaurants malgré l’opposition de l’Open VLD. Mais beaucoup trop de politiques et de partis belges sont restés sensibles aux arguments économiques des fausses études et ont donc bloqué ces avancées. Sans compter que cette industrie a pu compter sur le support des annonceurs, de la presse, de l’horeca ou des détaillants de tabac.

Vous n’êtes en effet pas tendre avec certains de nos politiques. Notamment avec Didier Reynders…

En août 2000, la ministre de la santé Madga Alvoet annonce son intention de consacrer 12.5 millions d’euros annuels à la prévention contre le tabac. Un fonds qui pourrait être alimenté par une taxe d’un centime sur chaque cigarette vendue. Mais elle a besoin de l’accord de son homologue des finances Didier Reynders. Celui-ci juge la dépense trop importante et recommande la création d’un fonds alimenté par les cigarettiers. Reynders négocie alors secrètement avec l’industrie. Dans cet accord, il était par exemple stipulé que ce fonds pourrait uniquement servir à des campagnes ciblant les jeunes (on le sait, ce sont celles qui sont les moins efficaces), que ces actions devaient être communiquées à l’avance aux cigarettiers et que cet accord serait caduque si un fond public devait voir le jour. Une manière d’empêcher que l’État ne traite le problème et de se réserver tout le contrôle du budget de la politique de prévention. Ce qui a donné naissance à la Fondation Rodin, un organisme à la solde des cigarettiers. C’est une stratégie très efficace et c’est Reynders qui l’a autorisée.

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