Caterpillar: avenir flou et terrains vagues

Les derniers des 2.200 ouvriers licenciés à l’automne quitteront l’usine ce 31 mai. Pour l’avenir, ils n’ont aucune certitude. Si ce n’est qu’à Gosselies, comme ailleurs, là où la mondialisation est passée, l’espoir ne repousse plus. 

Les derniers des 2.200 ouvriers licenciés à l’automne quitteront l’usine ce 31 mai. ©Reporters

Il est 10h30. Montignies-sur-Sambre, rue Trieu Kaisin. Pour arriver à la Haute École Louvain en Hainaut, il a fallu traverser un paysage semi-urbain dessiné par les méandres de l’histoire industrielle de la région. Les anciennes grand-rues forment maintenant une unique route nationale bordée de façades ayant connu des jours meilleurs, quand elles abritaient encore les activités pour lesquelles on les avait conçues. On devine encore ici une boucherie, là une mercerie. Sur un coin, ce qui devait être le restaurant cossu de l’ancienne commune. On traverse une ancestrale Grand-Place qui devait grouiller de monde. Mais il n’y a plus que l’imagination pour repeindre de frais les façades, poncer les ferronneries, remplacer les vitres fendues et les cartons par des vitraux ou réparer les toitures.

On prend à gauche, dans une rue dont l’étroitesse nous indique qu’on entre probablement dans un ancien coron minier. Un peu plus loin, sur la droite, le Grand Hôpital Sainte-Thérèse de Charleroi. La Haute École est un petit peu plus loin. Ce qui frappe, c’est ce qui se trouve devant les deux grands bâtiments. Une pâture à perte de vue avec au loin deux gigantesques hêtres. L’un dresse ses bois morts comme une sculpture d’arbre, l’autre semble l’admirer comme appuyé sur un muret, qui révèle à son tour d’autres traces de constructions. La pâture n’a sans doute pas toujours été cette immense pente douce et fleurie. La rue Trieu Kaisin porte le nom d’un des plus anciens, profonds et riches puits de charbonnage de Wallonie. Tant qu’il ronflait ici, à Montignies-sur-Sambre, la vie s’éveillait aux alentours.

Vains sacrifices 

La Haute École, elle, bruisse de l’agitation des intercours. Un mélange de froissements de syllabus et de conversations passionnées. On demande. “Ludo? De Caterpillar? Oui, vous le trouverez en bas, dans les ateliers à droite de la machine à café”. Pas une hésitation. Et on comprend pourquoi lorsqu’on le rencontre. “Ils ont été sympas, ils m’ont permis de porter ma salopette de travail”. Ludo, on l’avait rencontré cinq années auparavant. Il faisait de la soupe avec sa tante et toute une bande pour la distribuer aux SDF de Charleroi. Un grand cœur. Ludo, électricien de maintenance, 36 ans dont 18 à Caterpillar. Il a presté son dernier jour il y a quatre jours à peine. Il est au seuil de sa nouvelle vie. “Je n’ai pas chômé un jour. J’avais une petite idée de ce que je voulais faire: 17 ans que je faisais la nuit. Je ne voulais plus entendre parler de ces horaires. Et je ne voulais plus entendre parler du monde industriel et des multinationales”. 

Alors, lorsqu’il a vu qu’un établissement scolaire cherchait un homme de maintenance, il n’a pas hésité une seconde. Son passé d’ouvrier hautement qualifié a fait le reste et il a été recruté sur-le-champ. Il est conscient de sa chance relative: ils ne sont pas nombreux à s’être déjà recasés. Ce qui renforce encore le sentiment d’écœurement face à la décision d’un groupe qui fait des milliards de bénéfices et qui choisit de fermer un site de production rentable dans l’espoir de faire monter le cours de son action en Bourse. “Soyons clairs, nous, nous voulions continuer à travailler. Chaque semaine on avait des réunions avec le management qui nous fixait des objectifs et chaque semaine on les atteignait. Tout était positif, on nous disait qu’on était concurrentiels. Moins chers que les Japonais.”
Ce que Ludo ne comprend pas, c’est que Caterpillar a investi dans d’autres sites, au Brésil, aux États-Unis, alors que les capacités de production suffisaient au marché. “On était là avant, ça fait 50 ans qu’on est là, c’est une faute de management d’aller ouvrir des usines sur d’autres continents.”

Pour découvrir l’article complet, rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Sur le même sujet
Plus d'actualité