Justice belge: les ruines d’une illusion

Le juge Luc Hennart nous emmène en visite guidée dans les dédales du Palais de Justice de Bruxelles. Un labyrinthe de couloirs et d’imposants escaliers en pleine déliquescence, faute de moyens financiers et humains.  À l’image de l’institution croulante qu’il représente.

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Silhouette imposante, mastodonte de pierre dominant les quartiers populaires du bas de la ville – c’est d’ailleurs dans cet esprit qu’il a été conçu -, le Palais de Justice de Bruxelles est l’un des édifices les plus connus de notre capitale. Quiconque a traversé la ville une fois dans sa vie a forcément aperçu son dôme et ses échafaudages. Quiconque fréquente les cours et tribunaux s’est déjà perdu dans ses dédales de couloirs, tombant nez à nez avec une statue romaine, ou un buste taillé dans le marbre, témoins d’un temps où certains magistrats prétendaient accéder à l’immortalité.

Construit sous le règne de Léopold II par l’architecte Joseph Poelaert, le Palais de Justice incarnait alors l’image de l’institution qu’il représentait. Une certaine grandeur. Une certaine stature. Le pilier essentiel d’une démocratie qui voulait s’appuyer sur une justice indépendante, garante du respect des lois et de l’équilibre social. 

L’image s’est écornée, comme le bâtiment. Mais, dans les deux cas, le temps n’en est pas le seul responsable. À l’image de ce palais vieillissant, la justice n’a plus les moyens qu’elle devrait  avoir pour remplir cette délicate mission. Le dédain dont elle souffre est à l’image de la défiance générale qui frappe aujourd’hui toutes les institutions. Dans son bureau feutré du premier étage, le président du tribunal de première instance de Bruxelles, Luc Hennart, observe in situ cette dérive avec un mélange de tristesse et de colère. 

Deux albums de Lucky Luke trônent bien en vue dans la vitrine de son bureau. L’homme a la réputation de tirer plus vite que son ombre. À leurs côtés, on trouve une citation de Montesquieu, qui a théorisé la séparation des pouvoirs, l’un des fondements du système démocratique tel que nous le connaissons. ”Notre justice fonctionne encore car elle peut compter sur des hommes et des femmes de bonne volonté qui sont attachés à l’institution, explique Luc Hennart. Mais vu les conditions dans lesquelles ils travaillent, on ne peut pas dire que la justice soit rendue comme la démocratie est en droit de l’exiger.

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