Écoles: l’inégalité commence entre les classes

L’inégalité de notre enseignement, cela commence au sein même de l’école, où les élèves sont regroupés en classes selon leur niveau. Une enquête de l’ULB, présentée en exclusivité par Moustique, le démontre.

Les écoliers belges sont exposés à un risque élevé de redoublement dès l'école primaie. ©Belga Image

Qu’il existe des écoles ghettos, que notre enseignement ressemble à une sorte de marché scolaire, on le sait. Les études l’ont montré. Que cette manière de regrouper les bons élèves et de reléguer les défavorisés se pratique au sein même des écoles, on le pressentait. Mais cela n’avait jamais été vérifié. Une étude de l’ULB le démontre pour la première fois. D’après elle, les élèves aux caractéristiques similaires se retrouvent dans les mêmes classes, les meilleurs et les moins bons éléments restant séparés.  La ségrégation entre classes représente 31 % de la ségrégation totale qui sévit dans nos écoles. Les écoles ghettos contre lesquelles le décret mixité tente de lutter ne sont donc qu’une part, certes importante, d’un problème plus vaste. Un problème dont les chercheurs ont d’ailleurs été étonnés de constater l’ampleur, après avoir étudié les données relatives à des classes de deuxième année secondaire.

Notre enseignement est organisé à tous les niveaux comme une machine de tri efficace. Une mentalité élitiste bien ancrée dans la tête de tout le monde: parents, élèves comme profs. Cela débouche sur des pratiques, conscientes ou pas, dénoncées par les organismes internationaux comme une raison majeure de nos mauvais résultats aux enquêtes PISA, le Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves qui évalue les systèmes d’éducation du monde entier. Le mécanisme à l’œuvre se nomme “officiellement” de la réorientation. En réalité, il produit de la relégation. “Les écoles peuvent choisir de faire des classes plus fortes. C’est chez nous une pratique culturelle et structurelle que nous avons observée”, pose Julien Danhier, chercheur à l’ULB. Les élèves en retard scolaire ou manquant d’autonomie sont ainsi regroupés. 

Est-ce normal, d’un point de vue démocratique, d’éduquer les enfants dans des classes de niveaux différents ?

“Mais ce n’est pas seulement la faute des écoles qui organisent cette ségrégation. C’est aussi le fait des parents et élèves qui choisissent des filières fortes ou moins fortes, via le système des options ou en allant en immersion. L’existence de filières différentes permet cette ségrégation.” Les options sont appelées aujourd’hui “activités complémentaires”. Les élèves optent pour des sciences fortes, du latin, des maths fortes… “Les enseignants pensent qu’il est plus facile de donner cours à une classe homogène que mixte. C’est une interrogation réelle car ils manquent d’outils pédagogiques pour soutenir cette mixité”, explique Julien Danhier.

Terrible: les chercheurs émettent l’hypothèse qu’une diminution de la ségrégation entre écoles est – ou sera – compensée par une amplification de la ségrégation à l’intérieur même des écoles. Les classes d’élèves défavorisés baignent généralement dans un climat moins bon et il est plus difficile de recruter des profs pour ces classes-là. “Et puis, est-ce normal, d’un point de vue démocratique, d’éduquer les enfants dans des classes de niveaux différents?”, interroge Julien Danhier.

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