Ces enfants métis prisonniers de l’histoire de la colonisation

Arrachés à leur mère, abandonnés par leur père et rapatriés de force en Belgique, 13.000 enfants métis du Congo restent prisonniers d’un pan honteux de l’histoire de la colonisation. L’Église catholique vient de reconnaître ses torts. L’État belge pas encore. 

Luc Van Damme raconte son arrivée en Belgique: “On est arrivés à Melsbroek. Ça criait dans tous les sens, comme dans un marché aux bestiaux”. ©Olivier Pirard

On nous appelait les mulâtres, dit Luc. Nous n’étions ni Blancs ni Noirs. Nous étions les enfants du péché.” Mulâtre: le terme vient de mulet, croisement entre un âne et une jument. Cela donne une idée. Entre 13.000 et 20.000 enfants métis ont vu le jour entre 1908 et 1960. Cette affaire a été cachée pendant des décennies. Ces enfants sont nés le plus souvent d’une forme de droit de cuissage et de domination des Blancs sur les Noires, d’infidélités, de désirs furtifs et exotiques, rarement d’histoires d’amour. La Belgique, avec la complicité de l’Église catholique, a considéré ces petits métis comme des orphelins. Ils avaient pourtant des mères et des pères, ou du moins des géniteurs, bien vivants.

Comme on avait une goutte de Blanc en nous, on ne pouvait pas être éduqués par des Africains. Mais pas comme des Blancs non plus.

Neuf fois sur dix, les enfants métis n’ont jamais été reconnus par leur géniteur. Des jeunes colons belges qui avaient entre 25 et 30 ans quand ils arrivaient et à qui on attribuait une “ménagère”, une très jeune Noire de 13, 14, 15 ans qu’ils finissaient par engrosser. Ces enfants étaient le symbole de la supériorité blanche et mâle sur la race noire. Des centaines d’entre eux ont été soustraits à leur mère, mis dans des institutions gérées par l’Église catholique. Et puis, en 1959, ils ont été expédiés comme des paquets en Belgique. On leur a enlevé leur nationalité belge, leur identité, leurs nom et prénom, leur filiation. Apatrides, déracinés, coupés de leurs liens affectifs et juridiques, ils souffrent d’immenses blessures communes. Mais chaque métis a une histoire différente. “Nous avons d’abord été enfermés dans des internats pour que rien ne se sache, pour nous cacher. Comme on avait une goutte de Blanc en nous, on ne pouvait pas être éduqués par des Africains. Mais pas comme des Blancs non plus. On falsifiait les noms et dates de naissance pour qu’ils ne correspondent pas à la naissance d’un enfant blanc du même père”, poursuit Luc Van Damme, 63 ans, qui est le plus jeune témoin encore en vie de la déportation des enfants métis en Belgique. 

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